La naissance de la short-video

tout-capture-vine

Elles sont trois. Elles marquent sans aucun doute une évolution majeure dans la iVidéographie, qui est à la vidéo ce qu’est l’iPhotographie à la photo. Il s’agit de ces trois applications qui viennent d’être lancées quasi simultanément : Tout, Capture de Youtube-Google et Vine par Twitter.

Toutes trois permettent l’éclosion d’un nouveau langage vidéo, et renforcent encore la place de la vidéo dans les modes de narration. Chacune a ses particularités, ses avantages et ses inconvénients, mais toutes trois partagent trois caractéristiques :

  • n’exister que par ou pour le smartphone (pour l’instant, l’iPhone, et Androïd pour Tout)
  • imposer un format court aux vidéos que l’on réalise : entre 6 et 15 secondes
  • permettre un partage immédiat sur les réseaux sociaux

Maintenant revue de détails, en suivant l’ordre chronologique d’apparition :

Tout1 – Tout

Tout est le service le plus ancien. Il a été lancé en avril 2012 par Michael Downing. Son idée repose sur un principe simple, qu’il explique ainsi :

Certains moments dans la vie ne peuvent être expliqué par le texte. Tout raconte la vie telle qu’elle est, en couleur et en son, et s’oppose ainsi à la vie « telle qu’elle est écrite en 140 signes ou moins » (…) Tout le monde n’a pas l’esprit ni les compétences pour s’exprimer dans des blogs ou des tweets, mais nous avons chacun un regard ["perspective"] qui nous est propre et ces regards constitueront la base d’une nouvelle forme de conversation et de narration. Continue reading

Facebook un environnement instable pour les sites

Facebook est une application privative et instable pour ses utilisateurs. Dans ces conditions, pour les sites médias et les journalistes travailler avec cette plateforme est un véritable challenge, même si à l’usage, celle-ci se révèle très utile et intéressante en raison du nombre de personnes inscrites et des outils d’analyse, mais aussi de diffusion et de partage de l’information qu’elle propose.

Ce mardi matin 28 juin, Facebook tenait son premier MeetUp pour les journalistes à Paris. Media Trend y était présent grâce à Sophie Lemoine. Disons d’emblée, qu’en écoutant son compte-rendu et en lisant ses notes, j’ai été déçu. Rien de particulièrement nouveau n’a été annoncé lors de cette réunion qui ne soit déjà connu, comme la création de « pages professionnelles » pour les journalistes , le fait de pouvoir lier les commentaires publiés sur le site avec ceux qui le sont sur la page Facebook, l’implémentation des boutons « Like » ou « Recommend » en lieu et place du bouton « Share« , etc. Je vais revenir en détails sur ces points, mais surtout, il nous est apparu, à Sophie et à moi, qu’il s’agissait d’une classique « évangélisation » de la part d’une entreprise qui cherche à devenir un des points de passage obligé pour accéder au contenu des sites d’information.

Mais avant d’aller plus loin, deux repères:

  1. L’ensemble des internautes n’est pas inscrit sur Facebook, loin s’en faut. En France, seule la moitié d’entre eux a ouvert un compte Facebook. Il faut ajouter un second bémol: sur la vingtaine de millions de comptes en France, on ignore combien sont réellement actifs. Donc aujourd’hui, Facebook est sans nul doute un outil puissant de publication et de diffusion des contenus, mais une « page » ne saurait être se substituer à un site, pour cette seule raison.
  2. Travailler sur Facebook, que l’on soit un individu ou une entreprise, implique l’acceptation du « réglement Facebook » [lire la Facebook Platform Policy]. Celui n’est pas toujours « raccord » avec les impératifs de l’information, comme l’illustre le point 5 de ce règlement qui interdit tout « contenu haineux, menaçant, diffamatoire ou pornographique; qui incite à la violence; ou contient de la nudité ou des scènes de violence » [encadré bleu, dans la capture d'écran ci-dessous].

Extrait n°1 du réglement Facebook

Plus inquiétant pour un éditeur, l’instabilité dans laquelle les plonge Facebook. Il est prévu au chapitre V de ce réglement:

Nous pouvons prendre des mesures coercitives contre vous et tout ou partie de vos applications, si nous jugeons, selon notre seul jugement que vous ou votre application viole les termes et la politique de la plateforme Facebook. Les mesures d’exécution sont à la fois automatiques et manuelles, et peuvent inclure la désactivation de votre application, en limitant votre accès ou celui de votre application aux fonctionnalités de la plateforme [Facebook], la fin de nos accords avec vous, ou toute autre action que nous jugeront appropriés et ce à notre seule discrétion [souligné par moi].

Et pour que l’incertitude soit totale, le réglement ajoute au chapitre suivant :

Nous pouvons changer la politique de la plateforme à tout moment sans préavis [souligné par moi] lorsque nous le jugerons nécessaire. Votre utilisation continue de la plateforme constitue une acceptation de ces changements.

Bref publier sur Facebook signifie se trouver dans un environnement particulier, relativement instable [lire par exemple cet article du site espagnol TechnoMagazine, qui explique que des milliers d'applications ont été désactivées par Facebook, sans préavis], et restrictif par rapport au cadre législatif et réglementaire habituel. [Lire à ce sujet, la mésaventure survenue au critique britannique Roger Ebert, qui a vu sa page disparaître, racontée sur Gigaom]

Mais au-delà de ces prudences qu’apporte Facebook et comment faut-il l’utiliser ? Continue reading

La conférence de Clay Shirky, une expérience de laboratoire sur l’information aujourd’hui

Prenez une bonne centaine de blogueurs, de spécialistes des médias et des réseaux sociaux, enfermez-les une grosse heure avec un spécialiste des médiaux sociaux, en l’occurrence Clay Shirky, laissez-les twitter pendant la séance, attendez qu’ils interviewent, puis bloguent leurs compte-rendus, commentaires et réflexions… Vous obtenez au bout du compte une parfaite expérience en laboratoire de ce qu’est l’information aujourd’hui, comment elle se construit et se diffuse.

Ce mardi 1er février 2011, vers 10 heures du matin,  j’ai longuement hésité avant de cliquer sur le bouton bleu pour « publier » mon post rendant compte de la conférence de Clay Shirky, qui s’était tenue la veille chez Microsoft. Mon interrogation était la suivante: était-il nécessaire de publier ce compte-rendu alors que déjà plusieurs autres avaient déjà été publiés, et que la veille le débat avait été largement tweeté? Bref, la sensation très désagréable d’arriver « comme les carabiniers ». Du coup, il m’a semblé nécessaire de réfléchir à ce qu’est l’information à l’ère de l’instantanéité de sa production et de sa diffusion. Il m’est apparu que la conférence de Clay Shirky était un moment « chimiquement pur », une expérience de laboratoire, qui permettait cette réflexiion

Tout d’abord, le champ et le lieu de l’expérience. Nous sommes entre 100 et 150 personnes [un public en large majorité masculin] réunies ce 31 janvier à 8h30 du matin, dans la salle de conférence d’un immeuble neuf, à Issy-les-Moulineaux, en banlieue parisienne. Nous sommes chez Microsoft. L’invitation a circulé sur Facebook. On lit ici l’importance prise par les réseaux sociaux, en particulier Facebook, pour l’organisation de ce type de manifestation, en particulier si l’on souhaite élargir le public que l’on veut toucher. Mais ici j’enfonce une porte ouverte.

Pour un journaliste, oublier son smartphone est désormais une faute professionnelle

Plus intéressant, le public, ou plus précisément les participants qui ont twitté pendant la conférence. J’en ai recensé 69, dont seulement 16 journalistes [apologie: j'ai fait baisser la moyenne "journaliste", n'ayant pas mon smartphone sur moi; je considère d'ailleurs avoir commis de ce fait une faute professionnelle]. L’éventail des métiers représenté est très large, puisqu’on trouve pêle-même, des designers, des spécialistes du SEO, des « trend trackers », des community managers, des web marketing managers, des analystes en médiaux sociaux, des chefs d’entreprise… Continue reading

Storify facilite le « journalisme de réseaux sociaux »

Avec Storify, une nouvelle forme de journalisme vient peut-être de naître. En tout cas, cette plateforme pousse dans sa logique la plus radicale, ce que l’on pourrait appeler le « journalisme de réseaux sociaux. » Ici, les sources d’information s’appellent Twitter, Facebook, Flickr, YouTube, les flux RSS et  Google. L’outil offre la possibilité de les trier, sélectionner, organiser, mixer, avec une facilité déconcertante. Il ne reste plus au journaliste qu’à ajouter ses propres informations, éventuellement ses commentaires et ses analyses, et à éditer l’ensemble.

Storify est une tout jeune entreprise. Son Pdg, Burt Herman, est aussi le fondateur du mouvement Hacks/Hackers. Ce journaliste, après avoir travaillé 12 ans pour Associated Press, a décidé « d’explorer les recettes secrètes » qui rendent les entreprises de la Silicon Valley aussi innovantes, afin de voir si ces recettes ne pourraient pas être appliquées au journalisme. Sporify est né de ce croisement d’expériences.

La genèse du projet tient d’abord à une réflexion et un constat, comme il l’explique à Robert Hernandez de la Online Journalism Review (OJR) :

L’idée est venue d’une réflexion sur l’avenir du journalisme et le du fait que désormais chacun crée tellement de contenus. Nous sommes inondés de Tweets, de vidéos de YouTube, de photos de Flickr et de pleins d’autres choses.

Comment canaliser ce flux et surtout quel rôle peut encore avoir le journaliste ? Ici, Burt Herman distingue soigneusement le terme de « reporter », activité confiée désormais à tout un chacun, de celle de « journaliste ». Il explique :

Tout le monde peut-être un reporter quand survient un événement. Mais tout le monde n’est pas un journaliste — donner du sens à un sujet et en fournir le contexte. Continue reading

L’annonce de la mort de Lhasa de Sela: quelles leçons pour les journalistes ?

Décidément, l’information a changé. L’histoire de la mort de la chanteuse Lhasa de Sela, ou plutôt de la manière dont son décès a été annoncé est révélatrice des profondes modifications qui sont en cours. Elles obligent les journalistes à réfléchir sur leur mode de travail.

Pour moi tout a commencé sur Facebook. Un ami, Philippe, met en ligne un nouveau statut. Il écrit: « Beau travail de Geoffroi qui recense le chemin d’une information forte – un décès – et ses retournements » et il ajoute un lien.  Quand je dis « il écrit », c’est un peu faux car en fait il s’agit d’un retweet. Nous sommes déjà dans la circulation de l’information, mode web 2.0.

Piqué de curiosité, je clique sur le lien et découvre le formidable billet de Geoffroi Garon, qui se définit comme « expert conseil et anthropologue du web social ». Ce post titré « Les médias sociaux et le décès de Lhasa de Sela », raconte et reprend tout ce qui s’est passé sur Twitter, sur Facebook, dans la blogosphère, mais aussi dans des médias en ligne à propos de cet événement. Son billet est d’autant plus passionnant que Geoffroi Garon a été partie prenante de la discussion. [le lien est ici].

Dans cette histoire, tout est instructif: comment une information naît sur Twitter, comment se fait la part entre la rumeur et l’information, comment s’établit et se dégage progressivement une vérité alors que les sources officielles restent désespérément muettes, comment internautes et journalistes (mais ils sont dans ce cas particulier aussi internautes) travaillent côte-à-côte, comment la recherche des faits se mélangent avec une grande émotion, etc. Pour toutes ces raisons, IL FAUT lire le billet de Geoffroi Garon. Continue reading