La naissance de la short-video

tout-capture-vine

Elles sont trois. Elles marquent sans aucun doute une évolution majeure dans la iVidéographie, qui est à la vidéo ce qu’est l’iPhotographie à la photo. Il s’agit de ces trois applications qui viennent d’être lancées quasi simultanément : Tout, Capture de Youtube-Google et Vine par Twitter.

Toutes trois permettent l’éclosion d’un nouveau langage vidéo, et renforcent encore la place de la vidéo dans les modes de narration. Chacune a ses particularités, ses avantages et ses inconvénients, mais toutes trois partagent trois caractéristiques :

  • n’exister que par ou pour le smartphone (pour l’instant, l’iPhone, et Androïd pour Tout)
  • imposer un format court aux vidéos que l’on réalise : entre 6 et 15 secondes
  • permettre un partage immédiat sur les réseaux sociaux

Maintenant revue de détails, en suivant l’ordre chronologique d’apparition :

Tout1 – Tout

Tout est le service le plus ancien. Il a été lancé en avril 2012 par Michael Downing. Son idée repose sur un principe simple, qu’il explique ainsi :

Certains moments dans la vie ne peuvent être expliqué par le texte. Tout raconte la vie telle qu’elle est, en couleur et en son, et s’oppose ainsi à la vie « telle qu’elle est écrite en 140 signes ou moins » (…) Tout le monde n’a pas l’esprit ni les compétences pour s’exprimer dans des blogs ou des tweets, mais nous avons chacun un regard ["perspective"] qui nous est propre et ces regards constitueront la base d’une nouvelle forme de conversation et de narration. Continue reading

Comment je m’informe

Chaque jour, je consacre environ deux heures à m’informer. Parfois plus, parfois moins, ce n’est qu’une moyenne. En quelques années, j’ai considérablement modifié mes sources, adaptant sans cesse ma pratique en fonction des médias et de leurs transformations, des nouveaux outils d’agrégation, des appareils mobiles et de leurs applications [celles de l'iPhone et de l'iPad dans mon cas]. Voici donc une image de mon système de veille tel qu’il est organisé aujourd’hui. Précision, l’ordre selon lequel je classe ses diverses sources n’est pas forcément l’ordre dans lequel je les consulte.

les sources d'information

1. Les journaux papier

Euh… comment dire. En cinq ans, ma consommation s’est effondrée. Je suis encore abonné, très temporairement à la version papier du New Yorker [mon côté snob] et de la Columbia Journalism Review, mais je passerai sans doute bientôt à la seule version iPad. Je m’oblige à acheter un quotidien par jour, mais ma détermination ne cesse de faiblir. Il est rarissime désormais que j’y découvre une information que je n’ai pas déjà lue, quant aux articles eux-mêmes ils me paraissent souvent trop longs, datés [pas de mise à jour possible, évidemment]. Surtout, il me semble qu’il ya beaucoup moins de matière dans les quotidiens: il est bien rare que je n’ai pas achevé la lecture d’un quotidien dans les trente minutes que dure mon trajet de métro quotidien. En fait, je me retrouve parfaitement dans les remarques d’André Gunthert, dans son cours billet « Je ne sais plus lire le journal » :

je saute les pages et les articles, cherchant désespérément un contenu qui intéresse les moins de soixante ans parmi les pubs de montres tape-à-l’oeil ou de voitures diesel. (…) Au moment de commencer ma lecture, je suis interrompu par l’interposition d’un écran mental tout droit sorti de Twitter: mais qui donc m’a recommandé cette lecture? Désemparé par l’absence de réponse à ce nouveau réflexe cognitif, j’ai un moment de flottement – et passe à la page suivante… La dynamique si puissante et si claire de la recommandation est devenue mon premier filtre médiatique.

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Avec la mort de Rodney King, retour sur vingt et un ans de journalisme citoyen

George Holliday, le vidéaste amateur qui a filmé le tabassage de Rodney King dans la nuit du 3 mars 1991, ne savait pas qu’il faisait du journalisme. Vingt et un ans plus tard, tout a changé: le matériel, les médias, les circuits de diffusion de l’information… 

george-holliday

George Holliday, l’un des premiers « journalistes citoyens ».

Le nom de Rodney King n’évoque sans doute plus grand chose en France. D’ailleurs l’annonce de sa mort au fond de sa piscine n’a guère provoqué d’échos. Mais alors qui se souvient de George Holliday? Pourtant, la nuit du 3 mars 1991, marque une date importante dans l’histoire du « journalisme citoyen ».

Cette nuit, là George Holliday se réveille à minuit et demi, alerté par le bruit des sirènes de police. Il s’empare de sa caméra, une toute neuve Sony Handycam, un bon matériel amateur pour l’époque. Il se précipite à sa fenêtre et filme du deuxième étage la scène qui se déroule dans la rue : un homme est à terre, entouré de policiers qui le frappe sauvagement. Il filme longuement. Neuf minutes au total. On saura plus tard que l’homme à terre s’appelle Rodney King, qu’il a été arrêté pour excès de vitesse, et qu’il recevra au total 56 coups de bâtons sur la tête, sans compter les coups de pieds sur le reste du corps. Continue reading

La Divine Comédie de Dante à l’heure de Twitter

La Divine Comédie est sans doute l’un des plus beaux poèmes jamais écrit. Pour le rendre plus accessible,  j’ai décidé de le publier sur Twitter. Ce projet nécessitera une dizaine d’années avant que ne soit twitté le dernier vers, du dernier chant du dernier Cantique, le Paradis: « l’amor che move il sole e l’altre stelle » [l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles]. 

Dante, peint par Domenico di Michelino

Domenico di Michelino a peint Dante tenant son poème dans une fresque du Dôme de Florence

L’idée peut, de prime abord, sembler farfelue : publier sous forme de tweets la Divine Comédie de Dante. Tout oppose en apparence l’œuvre composée au Moyen-Âge, par le poète florentin Dante Alighieri, au très contemporain Twitter. D’un côté des milliers de vers, un foisonnant récit où se raconte une civilisation dans sa complexité, où se forge l’italien moderne et de l’autre la sécheresse et la brièveté de courts messages qui doivent tenir en 140 signes. Pourtant les deux ne sont pas inconciliables loin de là. Continue reading

Le meilleur ami du reporter

Les smartphones, et en particulier l’iPhone, sont devenus les irremplaçables couteaux suisses du journaliste. Tout à la fois traitement de texte, enregistreur numérique, appareil photo, caméra vidéo, studio numérique et banc de montage, ils peuvent aussi au gré des besoins avantageusement remplacer les lourds camions de direct de la télévision, ou les motos émettrices des radios. La généralisation de leur usage ouvre de nouvelles possibilités pour les journalistes et devrait conduire à une réorganisation des rédactions.

[Précision : ce blog n'accepte de publicité sous aucune forme. Tous les appareils, équipements ou applications cités dans ce post, qui ne prétend à aucune exhaustivité, ont été étudiés, achetés et testés dans le cadre de l'enseignement de "journalisme multimédia de mobilité" sur lequel nous travaillons depuis plusieurs mois à l'École des métiers de l'information, où j'enseigne]

Capture d'écran d'iPhone : les apps. de vidéo Live

Quelques applications de vidéo Live

Rares sont aujourd’hui les journalistes qui n’ont pas au fond de leur poche un smartphone ou dans leur sacoche une tablette, si ce n’est les deux. Ces outils multifonctions leur permettent de prendre des photos, ou des vidéos de récupérer leurs mails, de lire leurs flux RSS, de gérer leurs différentes réseaux sociaux, etc. D’ailleurs, de nombreuses rédactions, comme Le Télégramme ou Ouest France, ont commencé à équiper leurs journalistes de smartphone, à charge pour eux d’alimenter le site en courtes vidéos d’actualité. Il est probable que ce ne soit que les prémisses de la nouvelle révolution qui va modifier —encore une fois— profondément le travail du journaliste et l’organisation des rédactions.

En effet, il est possible grâce à ces appareils non seulement de « capter » avec une qualité professionnelle tous les éléments (son, image, texte, etc) d’un contenu multimédia, mais aussi de l’éditer et de le publier, tout cela se faisant de manière beaucoup plus intuitive que sur un ordinateur, puisque sur un écran de smartphone ou de tablette tout se pilote au doigt.

La supériorité actuelle de l’iPhone tient à la cohérence de son écosystème

Pour l’instant, dans la guerre qui oppose les constructeurs de matériels et les éditeurs de système d’exploitation, Apple grâce à son écosystème particulier, a un pas d’avance. Le journaliste britannique Paul Bradshaw a récemment lancé une enquête auprès des gens qui le suivent sur Twitter, sur sa page Facebook et sur son blog Online Journalism Blog [les commentaires sur son blog sont ici, et il a créé un Storify avec les réponses sur Twitter]. Leurs remarques sont particulièrement intéressantes: ils montrent que nombre des appareils s’avèrent excellents en particulier en terme de captation photo et vidéo. Et les utilisateurs des Galaxy S2, HTC Desire ou Sensation, ou encore du Sony Ericsson Xperia —pour citer les appareils nommés par les correspondants de Paul Bradshaw— se montrent très satisfaits de leur équipement. Continue reading