Le fact-checker et l’auteur, histoire d’un bras de fer

En 2003, John D’Agata propose  un article à The Believer, un magazine de San Francisco. Il y est question d’un adolescent, Levi Presley, qui s’est suicidé en se jetant  du Stratosphere, la plus haute tour de Las Vegas. S’ensuit plusieurs années de bataille avec Jim Fingal, le fact-cheker du journal, autour de points aussi essentiels —en journalisme— que la notion même de fait, la question de la vérification d’une information et les contraintes que cela impose à la narration et enfin les licences que peut —ou non— s’accorder un auteur. Ce dialogue fascinant entre John D’Agata et Jim Fingal est publié sous le titre The Lifespan of a Fact, que l’on pourrait traduire par « La vie d’un fait« . 

Une page de "The Lifespan of a Fact"

Les pages de "The Lifespan of a Fact" mêlent le texte original (au centre), les remarques et les commentaires de Jim Fingal et John D'Agata

The Lifespan of a Fact est le récit d’un combat, courtois mais féroce, entre un auteur John D’Agata et un fact-cheker Jim Fingal. L’objet de cette lutte semble tout d’abord se circonscrire à la seule recherche de la « Vérité » (avec une capitale), c’est-à-dire l’information dans sa plus extrême précision, mais rapidement se pose la question : dans un récit, tout est-il aussi tranché avec d’un côté le noir du mensonge et de la falsification et de l’autre, le blanc de la narration non fiction, cette dernière devant, comme le résume Jim Fingal, avoir « ses pieds fermement ancrés dans la réalité » ["nonfiction is suposed to have its feet firmly planted in reality"].

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Mobiles : Le choix des apps

Best of Mobile, tel était l’intitulé de l’événement organisé, le jeudi 5 avril 2012, par Valtech, une société spécialisée —entre autres— dans le développement d’applications mobilesLe sujet m’intéressant en raison du basculement irrésistible de la consommation d’information vers les appareils de mobilité —smartphones,  tablettes et autres liseuses,  je me suis donc rendu à cette invitation. L’occasion de regarder plus précisément cet univers foisonnant qu’est celui des applications, qu’elles soient « natives » « Web », et la manière dont les médias peuvent se les approprier.

Sur un mobile ou une tablette, il est possible de toucher l’utilisateur de trois manières distinctes :

  1. un site optimisé pour le mobile, sachant en particulier pour les smartphones, que la taille réduite de l’écran nécessite de tenir compte de ses contraintes.
  2. une application disponible soit sur iTunes, pour les iPhone et iPad, soit sur Google Play (ou Market) pour Androïd. À noter qu’il ne sera pas question de Windows Phone et de Rim lors de cette matinée.
  3. une web application qui offre, pour reprendre le jargon employé au cours de cette matinée, une « expérience utilisateur » similaire à celle d’une « app native » [comprendre disponible sur iTunes, pour l'iPhone ou l'iPad]. Cette web app ne doit pas être confondue avec un site optimisé.

1. Les sites optimisés

Tout commence par là : offrir aux internautes une version optimisée de son site, facilitant la lecture sur un écran de smartphone, semble être un minimum. Elle permet en particulier un affichage plus clair et une navigation plus aisée pour les mobinautes. À ma grande surprise, l’ensemble des sites médias français ne sont pas encore optimisés « mobile », comme l’illustre les quelques exemples ci-dessous, qui comprennent des sites optimisés [rangée du haut] et des sites non optimisés [rangée du bas].

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Dans la rangée du haut les sites sont optimisés; ils ne le sont pas dans celle du bas. Capture d'écran, à partir d'un iPhone, le matin du dimanche 8 avril 2012

Cette optimisation touche d’autres domaines, comme la migration vers le Mepg 4 pour les vidéos, afin de les rendre compatibles avec le HTML 5 et donc d’en rendre la lecture possible sur les smartphones et autres tablettes qui n’acceptent pas le flash. Continue reading

Moneyocracy, un projet transmedia

Moneyocracy est un projet transmedia porté par deux photojournalistes français, Gérald Holubowicz et Jean-Nicholas Guillo, sur l’influence du big business sur les prochaines élections présidentielles américaines. Ce projet est actuellement dans sa phase de lancement, la première étape étant —money oblige— d’en assurer le financement. Pour cela, les auteurs s’appuient sur Kickstarter, un outil de crowdfunding. Ils entendent lever 48.000 dollars [36.200 euros] d’ici le 14 avril 2012. 

Moneycratie

Le point de départ de Moneyocracy est une décision de la Cour suprême des États-Unis, datant de 2010. L’affaire opposait  la Federal Election Commission, une organisation indépendante dont le rôle est de surveiller le financement des campagnes électorales, à une association conservatrice Citizens United. Celle-ci avait diffusé 30 jours avant une élection, une vidéo particulièrement critique à l’encontre d’Hillary Clinton [on peut avoir une idée de la violence de cette campagne en allant sur le site, Hillary : the Movie] contrevenant ainsi à une loi, le Bipartisan Campaign Reform Act (BCRA) qui interdisait aux entreprises et aux syndicats de financer des « communications à but électoraliste » ["electioneering communications"], 60 jours avant des élections générales. Continue reading

#2 Charles Dickens : dix-sept jours à la tête du Daily News

Le très bref passage de Charles Dickens à la rédaction en chef du Daily News —dix-sept jours— est pour beaucoup un mystère. Qu’allait faire celui qui était alors un auteur reconnu dans cette galère et pourquoi a-t-il démissionné si rapidement? 

Charles Dickens va mener toute sa vie une double carrière de romancier et d’homme de presse, le tout étant étroitement mêlé à sa vie personnelle. Par exemple il va se marier en 1836 avec Catherine [Kate] Hogarth, la fille de George Hogarth le rédacteur en chef de The Evening Chronicle [voir #1Charles Dickens: le reporter sténographe]. Ce dernier lui avait proposé deux années auparavant son premier salaire fixe, pour publier dans The Evening, ses sketches, repris en recueil plus tard sous le nom d’Esquisses de Boz, Boz étant le nom de plume adopté alors par Dickens. Les aventures de Mr Pickwick, son deuxième « roman »  sera aussi publié sous forme de feuilleton mensuel dans la presse.

Mais très rapidement, bénéficiant de son succès de romancier [Pickwick est un immense succès], Charles Dickens se voit offrir de nouvelles opportunités de travail. En 1836, il démissionne de son poste de reporter au Morning Chronicle (il n’y sera resté que 2 ans). Alors qu’elle perd l’une de ses meilleures plumes, sa démission facilement acceptée semble-t-il par la direction du journal, en l’occurrence, John Easthope, qui vient [en 1834] de racheter le journal pour la somme considérable pour l’époque de 16.500 £. Mais Charles Dickens conçoit immédiatement de l’amertume dans le simple fait qu’on ne lui reconnaisse pas ses mérites. Cela provoquera chez lui ce que Rosemarie Bodenheimer qualifie « d’explosion de colère » qui se traduira dans une lettre cinglante:

À de nombreuses reprises j’ai sacrifié ma santé, mon repos et mon confort personnel, pour, sur des questions importantes, marquer par mon zèle mon intérêt pour le journal, faisant ce qui auparavant avait toujours été considéré comme impossible, et ce qui ne sera, très probablement à l’avenir, jamais accompli de nouveau. Pendant toute la période de mon engagement où il y avait une tâche difficile et harassante à accomplir —voyager, avec un préavis de quelques heures des centaines de miles dans le cœur de l’hiver— quittant les chambres chaudes et encombrées pour écrire, pour se jeter dans la nuit dans un carriole inondée — (…) rédigeant des discours parmi les plus importants dans toutes les circonstances possibles et imaginables— c’est pour ce travail [Dickens emploie "duty", "devoir"] que j’ai été sélectionné. (2) Continue reading

#1 Charles Dickens, le reporter sténographe

Le journalisme a toujours accompagné Charles Dickens, dont les Britanniques viennent de fêter le 200e anniversaire de naissance. Il a débuté comme sténographe au Parlement britannique, avant de devenir un reporter au sens plein du terme. Mais ses succès littéraires ne lui feront jamais oublier la presse, puisqu’il participera dans la seconde moitié de sa vie à plusieurs lancements de journaux.

Charles Dickens jeune

Ce dessin représente Charles Dickens, jeune, et correspond à sa période de journaliste sténographe

Lorsqu’il entre dans la profession, celle-ci subit une mutation importante; les longhand reporters, qui travaillaient essentiellement « de mémoire » disparaissent pour laisser la place à de jeunes shorthand reporters, c’est-à-dire des journalistes sténographes. Une transformation à ce point essentielle, que maîtriser la sténo sera considérée comme une compétence professionnelle indispensable comme l’écrira John Pedleton un peu plus tard:

Connaître la sténo, être capable de l’écrire et de la transcrire est, par quelque côté que l’on prenne la question, la seule compétence indispensable pour être un reporter compétent ; c’est en fait la base sur laquelle un reporter peut construire sa réputation (1).

Charles Dickens ne dira pas autre chose, en 1865, lors d’un discours au dîner annuel du Newspaper Press Fund:

J’ai souvent retranscrit pour l’imprimeur, à partir de mes notes en sténo, d’importants discours publics pour lesquels la plus extrême précision était exigée; la moindre erreur aurait été pour un débutant extrêmement compromettante (2)

Il n’y alors pas d’enregistreur, qu’il soit analogique ou numérique, la prise de notes est le seul instrument fiable pour rendre compte. Charles Dickens, suivant l’exemple de son père John, a appris la méthode Gurney [un exemple de prise de notes ci-dessous]

Exemple de prise de notes en sténographie selon la méthode Gurney

CC Flamenco 108

 

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