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Journalisme : une profession sans croissance

Au 2 janvier 2009, la France comptait 37 307 journalistes professionnels, autant qu’en 2001 et moins qu’en 2002. La Commission de la Carte d’Identité des Journalistes professionnels (CCIJP) recensait alors 38 158 journalistes. Cette stagnation est-elle le reflet de la crise que connaît actuellement la presse? Faute d’études sur cette évolution, il n’est possible que de se livrer à une analyse sommaire, incomplète et… frustrante.

Depuis maintenant cinq ou six années, le nombre de cartes de presse délivrées par la CCIJP reste étonnement stable, autour de 37 000. Un phénomène surprenant alors que durant de nombreuses années, la profession pouvait s’enorgueillir d’une forte croissance. Comme l’indique le tableau ci-dessous, pratiquement tous les 20 ans, le nombre de journalistes doublait. Cette mécanique s’est subitement enrayée en 2001. Est-ce le signe, que le journalisme —en tant que profession— n’a pas su négocier le virage Internet ? En tout cas, on ne peut qu’être frappé par la croissance du web et la stabilité du nombre de journalistes.

L’évolution du nombre de cartes de presse

1955 1965 1975 1985 1995 2000 2005 2009**
Total 6830 9990 13635 21749 28471 35496 36503 37307
dont pigistes* 546 626 1135 2629 4786 7313 6778
dont 1ere demande 1624 2280 1979 2004


* Ces chiffres résultent de l’addition des pigistes journalistes titulaires & assimilés, et  journalistes stagiaires.
** Chiffres au 2 janvier 2009, pour tous les autres au 31 décembre.
(sources : La presse française, Pierre Albert, La Documentation française, éd. 2004 & 2008, CCIJP)
Le nombre de pigistes et de demandeurs d’emploi est stable
Cette apparente stabilité ne masque ni une amélioration ni une dégradation de la situation des journalistes. L’un des principaux indicateurs, le nombre de pigistes, reste stable, autour de 7000. Le second, le nombre de cartes délivrées comme « demandeur d’emploi » ne bouge guère plus. Il traduirait, si l’on veut être optimiste, une légère amélioration : 1 342 cartes délivrées à ce titre au 2 janvier 2009, contre 1 582 au 31 décembre 2005. 

Un autre indicateur demeure lui aussi incroyablement stable, depuis l’an 2000, le nombre de 1ère demande qui tourne autour de 2 000. Ce chiffre est révélateur d’une profession, « où l’on ne fait que passer ». Il n’est pas besoin d’être un expert démographique pour comprendre qu’une profession de 37 000 membres ne peut pas absorber régulièrement 2 000 nouveaux « entrants » annuels. 

Des statistiques qui ne parlent pas, faute d’outils et d’analyses
Malheureusement, les statistiques de la Commission de la Carte ne permettent par de comprendre où et quand se produit cette évaporation. Le seul travail d’analyse, effectué par les chercheurs du Centre de recherches administratives et politiques de Rennes [Devenir journalistes, La Documentation française, 2001], est désormais fortement daté, car il porte sur la période antérieure à l’an 2000. Or depuis, l’ensemble des médias sont entrés dans une période de fort bouleversement.
Mais déjà, cette étude pointait la mise en place systématique de « périodes de mise à l’épreuve », pour les nouveaux entrants, avec la généralisation de stages, de piges et de CDD. On ignore totalement —statistiquement parlant— le nombre de jeunes journalistes qui passent à travers les mailles de ce filet très serré et combien abandonnent.

Ce travail notait aussi « la difficile gestion des carrières », « car il tend à y avoir un décalage entre la demande et l’offre de postes de cadres ». En clair, tout le monde ne peut pas devenir chef de rubrique ou rédacteur en chef. Or, si l’on ne grimpe pas dans la hiérarchie, les hausses de salaire sont faibles car, est-il écrit dans Devenir journalistes : « Compte tenu des difficultés économiques rencontrées, de nombreux médias ont cherché à réduire les coûts salariaux non seulement par le recours à une plus grande précarité des statuts mais aussi par la maîtrise des salaires des personnels titulaires ». Sans doute, est-ce une autre explication du phénomène d’évaporation : sans perspective réelle de carrière, de nombreux journalistes quitte la profession à la première occasion.

Toutes ces interrogations appellent des réponses. Ce pourrait être l’un des objectifs de l’Observatoire des métiers de la presse.

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9 Responses

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  1. Ju / Photojournalisme.fr says

    Oui, enfin je reste dubitatif quand à la représentativité des journalistes basée sur des chiffres de la CCIJP.
    Petit rappel, la loi française n’impose nullement d’avoir la carte de presse pour être journaliste.
    Et il ne faut pas s’étonner, quand on voit la façon dont elle est délivrée, les critères sur lesquels elle se base, que les chiffres n’augmentent pas.
    Nombre de photographes n’ont pas droit à la carte de presse. Enfin, en théorie si, et s’il vont jusqu’à faire appel, quand ça ne passe plus par la commission, mais par un magistrat, en principe ils l’obtiennent sans problème, mais les critères considérés par la CCIJP restent complètement archaïques.
    Perso, je ne la demande plus par principe, alors que je remplis maintenant les conditions demandées.
    Cas pratique : un photographe qui travaille en majorité en presse (en terme de temps et de publications), va tout de même en principe faire un peu de corporate ou de com à côté, pour compléter ses revenu. Or, la commande de corporate ou la com est payée au moins 4 fois plus qu’une pige. Comme la CCIJP se base non pas sur le travail effectif, mais sur un critère de revenu, il faudra donc que le photoJOURNALISTE fasse 4 fois plus de piges que de boulots annexes. C’est simplement inadmissible, puisque ce que demande la loi c’est de travailler en majorité en presse. Pas 4 fois plus.

    Et je vous parle même pas des rédactions web, d’autant plus que maintenant les rédactions de plusieurs organes de presse ne veulent même plus demander les cartes pour leurs journalistes, encore moins s’ils bossent sur le web.

    Donc les chiffres de la CCIJP, ok… Ca reste un petit monde bien fermé qui se regarde le nombril…

  2. ilham says

    C’est comme il a dit lui!
    Non franchement, je suis assez d’accord avec Ju. Les critères de la CCIJP sont injustes et il est temps qu’elle se remette en question. Le coup du : »On n’est pas parfait mais ces critères sont les moins pires… », je trouve qu’ils se foutent franchement de nous.
    Je débute à peine et je ne veux absolument pas prétendre avoir galérer avec la commission, je n’ai même encore fait aucune demande, à vrai dire. En revanche, je peux affirmer que mes débuts sont difficiles et que si je ne compte pas faire de la com’ pour bouffer, je pense reprendre mon ancien boulot pour dépanner les mois de galère en perspective. Sachant qu’une heure de vacation dans l’Education nationale est environ rémunérée 35 euros, je pense obtenir la carte de presse dans… pas tout de suite!
    On verra si le sujet est abordé le 20 janvier?

  3. Marc Mentre says

    Sans doute, la CCIJP ne recense-t-elle pas tous les journalistes et existe-t-il une « zone grise ». Mais il faut souligner que la Commission a fait un réel effort pour assouplir ses critères d’admission. C’est sans doute insuffisant, car le journalisme paie de plus en plus mal obligeant nombre de journalistes (ou d’aspirants journalistes) à « faire de l’alimentaire ». Je retiens la suggestion du « temps » consacré à l’activité de journaliste par rapport à celui consacré à l’activité corporate ou d’enseignement (ou toute autre activité). Mais se pose une question : comment le prouver? Le critère actuel : est journaliste celui dont c’est l’activité « principale » (cela me semble correct, sinon n’importe quel universitaire faisant une pige dans un journal deviendrait de facto journaliste), « rémunérée » (là aussi c’est normal, puisqu’il s’agit de professionnalisme donc, il faut pouvoir en tirer des revenus pour en vivre, sinon on entre dans le registre de l’amateurisme).
    Le seul point de discussion peut à mon sens porter sur la notion de « régularité » (par exemple, en lissant les revenus sur une année complète) . Mais d’autres points de discussion sont peut-être à ouvrir: par exemple, une des recommandations des États-généraux serait de lier la délivrance de la carte à la signature d’une « charte » éthique et déontologique. Quid du corporate dans ce cas ?

  4. Ju / Photojournalisme.fr says

    Ben le critère « temps », les impots arrivent bien à le calculer, de façon plus ou moins farfelue, mais ça donne une moyenne raisonnable, quand il s’agit de la prime à l’emploi. Etant pigiste, j’ai dû aller me renseigner chez eux pour savoir comment leur déclarer un « temps de travail ». Eh bien ils ont un barême… Et oui. Et ça c’est un organisme d’Etat…

  5. C says

    La carte de presse comme critère ? Autour de moi, elle sert de coupe-file dans les musées et à profiter d’un abattement sur les impôts… Cela est-il censé en dire long sur la profession ?
    Par ailleurs : Je veux plus être journaliste (c’est la faute à internet), à lire sur http://windowonthemedia.com

  6. Ju / Photojournalisme.fr says

    « C », c’est bien d’avoir des avis. De les argumenter, c’est mieux… Qu’une carte de presse ne te serve que dans les musées, tant mieux… Tu as des fois des rdv dans un ministère, à l’Assemblée Nationale, une conférence de presse, je sais pas, des trucs pas funs, mais qui font partie de notre métier ? Parce que critiquer la façon dont est remise aujourd’hui cette carte, je le fais, mais en argumentant, mais dire qu’elle est inutile, ben je suis pas d’accord, sauf dans certains cas. Perso, si je ne la demande plus par choix, c’est aussi un gros inconvénient au quotidien… Alors ok, tu « veux plus être journaliste », ben soit, c’est constructif comme argument…

  7. Karine says

    bonjour je suis surprise des chiffres que vous avancez.
    Sur le site de la CCIJP, il y a un graphique et ça ne correspond pas avec les chiffres que vous avez trouvés : cf http://www.ccijp.net/carte/carte.htm
    sur ce graphe, le nombre augmente et on remarque que c’est surtout grace aux journalistes femmes de plus en plus nombreuses
    Vous en pensez quoi ?

  8. Gaillac Info says

    Une piste peut-être :
    les plus gros employeurs de journalistes restent la PQR. Or elle préfère avoir des correspondants de presse plutôt que des journalistes. Avoir beaucoup de cartes de presse, c’est aussi dans un sens (celui de l’employeur et de l’actionnaire) avoir une « dette » sociale à gérer.
    J’ai vu des journalistes travailler plusieurs années avec un statut de correspondant de presse alors que manifestement ils auraient dû avoir la carte de presse. La pression de l’employeur pour rester correspondant local de presse est simple : soit vous restez sur ce statut soit vous n’avez plus d’article.

  9. Marc Mentre says

    @C La carte de journaliste sert effectivement à entrer dans les musées « nationaux ». En terme d’avantages, il n’y a pas grand chose d’autre (l’avantage fiscal de 7 600 et quelque euros n’est pas lié à la détention de la carte mais au fait que l’on exerce la profession de journaliste, et il est possible de le faire sans détenir la carte — attention, l’administration fiscale n’est pas toujours sensible à cet argument). En revanche, et « Ju » a raison la carte est une carte professionnelle qui a été créée (et les journalistes se sont battus pour son existence) pour faciliter leur travail, notamment vis-à-vis des autorités. Je m’arrête là, mais attention, la carte n’est pas simplement un symbole.

    @Karine Mes chiffres proviennent de 2 sources : ceux de la CCIJP et des bouquins de P. ALbert (mais les séries ne concordent pas d’une édition à l’autre, mais depuis j’ai recoupé avec d’autres séries). Je voulais des séries longues, pour voir les évolutions sur une plus longue durée que celle affichée sur le site de la Commission. Or, très clairement, la courbe de croissance se tasse à partir de l’an 2000, et devient quasi stable.
    D’autre part, la proportion de journalistes « femme » ne cesse de croître. C’est un rééquilibrage, puisque la profession de journaliste été il y a peu encore très masculine. Certains estiment que féminisation rime avec précarisation. C’est un point sur lequel une enquête sociologique me semble nécessaire, voire indispensable.
    @gaillac info. Les groupes de PQR séparent très nettement les correspondants et les journalistes et il est effectivement très rare qu’un correspondant devienne journaliste.