Le journalisme d’investigation est-il encore possible? Alors que les ressources financières de la presse papier s’assèchent, que les chaînes de télévision herztienne souffrent de la montée du câble, et qu’Internet n’a pas encore trouvé un modèle économique stable… tout concourt à la disparition d’une forme de journalisme exigeante mais trop coûteuse. Qui peut payer une équipe de journalistes plusieurs semaines ou plusieurs mois ? C’est pourtant dans ce contexte extrêmement déprimé que le Huffington Post a décidé de lancer un « fond », le HuffFund, destiné à financer le journalisme d’investigation…
D’emblée, dans son éditorial, Ariana Huffington, la patronne du site, donne le ton : « Tous ceux qui connaissent le rôle indispensable que joue le journalisme de qualité dans notre démocratie cherchent des moyens pour le préserver durant cette période de transition que connaissent les médias. Pendant trop longtemps, qu’il s’agisse de la couverture de la guerre en Irak ou de la crise économique, nous avons fait trop d’autopsies et trop peu de biopsies. »
Partant de ce constat, le Huffington Post a donc décidé de créer un fond destiné au journalisme d’investigation. Il sera indépendant du site lui-même, tant pour son fonctionnement qu’en ce qui concerne ses publications puisque, précise sa fondatrice, « dans l’esprit open source du web, l’ensemble des contenus produits [par le fond] sera mis librement à disposition de quiconque souhaiterait les publier ».
Mise de départ : 1,28 millions d’euros
Pour le financer, le Huffington Post s’est associé à une fondation philanthropique, The Atlantic Philantropies. Il est doté dans un premier temps de 1,7 million de dollars (1,28 million d’euros), mais ce n’est qu’une mise de départ. Elle sera augmentée au fur et à mesure que le projet se développera.
Côté rédactionnel, ce premier budget permettra de financer une rédaction permanente de dix journalistes, renforcée par des pigistes. Pour faire bonne mesure, ce projet se développera avec le soutien du Stabile Center for Investigative Journalism de l’École de Journalisme de l’Université de Columbia et l‘Institut de Journalisme de l’Université de New York dirigé par Jay Rosen.
Un nouvel écosystème proposé par des acteurs innovants
La liste des participants au projet et le montant des sommes engagées, montrent l’ambition du projet. Il s’agit en effet de relancer le journalisme d’investigation aux États-Unis, d’en proposer un mode de financement pérenne et de trouver de nouveaux modes de diffusion, rendus possibles par son caractère philanthropique. C’est donc bien un nouvel écosystème qui est ici proposé par des acteurs majeurs et innovants.
Au fait, premier thème traité par le HuffFund: la finance.
• Pour aller plus loin : le point de vue de Jeff Jarvis, sur le site du Huffington Post.
4 Responses
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Et bien alors c’est assez surprenant cet article. Le journalisme d’investigation est en voie de disparition…Ariana Huffington serait donc la Diane Fossey de la cause. C’est une belle initiative. Sur quels critères un ou une journaliste pourra solliciter le fond? Ce fond s’adressera t’il essentiellement aux résidents US?
Les journaux américains avaient (mais certains comme le Washington Post ont encore…) des cellules investigation, ou travaillent des journalistes spécialisés. Nous n’avons pas réellement l’équivalent si ce n’est des gens comme Jean-Marie Pontaut ou Jacques Derogy (hélas décédé). C’est cela qui est menacé avec la crise économique que traversent les journaux américains, et c’est une solution innovante que propose le Huffington Post. A priori, cela est plutôt destiné aux journalistes américains, et dans un premier temps plutôt spécialisés finances… Il est vrai qu’en ce moment il y a de quoi enquêter…
Je ne sais pas trop quoi en pensez…
Cela donne une étrange impression, celle de sanctuariser le journaliste d’investigation dans une « caste », alors que dans l’idéal, l’enquête devrait être au coeur de la démarche de tout journaliste. Dans le plus grand des quotidiens que dans la publication la plus spécialisée.
Evidemment, il ne faut pas se voiler la face : les conditions propices à l’investigation aujourd’hui dans le journalisme sont rares. Ce qui manque, c’est évidemment du temps, et le temps, c’est de l’argent…
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