L’actuelle crise de la presse est-elle de la faute des journalistes, ou bien n’y sont-ils pour rien? C’est l’objet d’une débat essentiel pour notre profession —par blogs interposés.
L’article de Paul Fahri, Don’t Blame the Journalism, publié dans la dernière livraison de l’American Journalism Review (lire ci-dessous, Les journalistes ne sont pas responsables de la crise de la presse), ne pouvait que susciter des réactions. En effet, il va à l’encontre d’un discours qui décrit les journalistes —dixit Fahri— comme « trop lents pour s’adapter, trop complaisants, trop attachés à [leurs] traditions éditoriales et à [leurs] formules éprouvées ».
Il n’en fallait pas plus pour déclencher une nouvelle querelle des anciens et des modernes.
Les « anciens » sont personnalisées par Roy Greensdale, professeur de journalisme à la London’s City University, qui tient un blog sur le site du
Guardian. Il y reprend l’argumentation de Fahri. « La vérité, écrit-il, est que nous [journalistes - Ndr] sommes assaillis par les forces d’une révolution technologique, qui sont absolument hors contrôle. Pire, la crise financière mondiale, qui s’aggrave, signifie que nous sommes pris dans quelque chose qui ressemble à une vraie tempête ». Il aggrave son cas, en s’interrogeant : « Si les grandes groupes de médias s’effondrent, le journali
sme sera-t-il à l’avenir une activité bénévole? »
Jeff Jarvis est à la tête des « modernes ». Il dirige le Programme de journalisme
online à la City University of New York (CUNY), tient un blog réputé,
BuzzMachine, et une chronique dans le…
Guardian.
Pour lui, pas d’ambiguïté,
« it is our fault », la faute des journalistes. Jouer la carte de la victimisation est une « abdication devant ses responsabilités. Et complète-t-il, cette faute n’est pas une, mais elle est multiple:
• nous [journalistes] n’avons pas vu venir le changement. Pire, nous avons souvent résisté à ces changements.
• nous n’avons pas saisi toutes les opportunités que les nouveaux médias offraient. Pour Jarvis, Internet offre la possibilité de travailler de manière participative, en réseau, avec une efficacité plus grande, et de « repenser la manière dont nous couvrons et présentons les informations. »
• nous avons abandonné la gestion aux gestionnaires. Mais assène Jarvis, « Les rédactions sont terriblement inefficaces », et donc il ne faut pas penser qu’elles doivent être dans le futur aussi coûteuses qu’actuellement.
• nous avons perdu la confiance des lecteurs. Il explique que le taux de pénétration des journaux aux États-Unis, en apparence stable (comme l’explique Fahri), a diminué de moitié en raison de l’augmentation de la population américaine, et que plus de la moitié des lecteurs ne croient plus les informations contenues dans les médias.
Faut-il être « ancien » ou « moderne » ? S’il faut choisir, je me range dans le camp des modernes. Et vous ?
Sympa l’article sur le Spokesman-Review, de quoi te mettre une bonne boule d’angoisse dans la gorge en ce début de week end ensoleillé…
Bref, d’accord aussi pour me ranger du côté des modernes ! Presque d’accord avec toute son argumentation, et j’aurais même insisté un peu plus sur la volonté de résistance dont ont fait preuve nombre de journalistes écrits face à la monté des « nouveaux medias ». Ils s’en mordent aujourd’hui les doigts, et je suis toujours atterré de voir combien d’entre eux sont complètement largués devant les possibilité d’internet. Les sociologues qui ont été les premiers à étudier ce phénomène se sont n’ont pas du tout été pris au sérieux au début, et on les regardait de haut, d’un air de dire, « mais de quoi je me mêle ? ».
J’aurais aussi insisté sur les causes de cette résistance-là, et notamment la sorte de peur (c’est comme ça que je l’analyse, mais je me trompe peut être) que les « anciens » ont eu des possibilités d’interaction avec le public qui s’ouvraient à eux. Ils / nous n’avons pas voulu nous adapter, et ce que l’ont appelle aujourd’hui communément « crise (un mot à la mode employé à toutes les sauces) des medias », je continue de lui donner tendrement le pseudonyme d’évolution. Si l’on s’était réveillés plus tôt, il n’y aurait pas de panique aujourd’hui, à devoir s’adapter rapidement, en faisant des essais qui peuvent partir dans tous les sens. Et puis on aurait peut être pu assurer un peu les arrières, et ne pas se retrouver avec les jeunes journalistes, qui eux sont plus au fait des nouveaux medias, bossant pour des miettes de pain (un ami rédacteur pige pour du web à 20 euros !).
Bref, à fond du côté des modernes, et j’aime aussi le fait qu’il précise sa position comme n’émanant pas d’une volonté d’auto-flagellation, mais plutôt d’un besoin d’ouvrir les yeux aujourd’hui, et de savoir admettre certaines choses simplement pour nous adapter et rebondir. Nous « renforcer », comme il dit.