Churnalism est un néologisme destiné à entrer dans le langage courant des journalistes. On connaissait déjà le « bâtonnage » de dépêches, mais il n’y avait pas de terme pour définir le « barattage » de communiqués et de dossiers de presse. C’est désormais chose faite, avec ce terme contraction de churn [baratter, en anglais] et de journalisme.
La pratique dans le journalisme est courante, mais il manquait un outil pour le révéler. Le Media Standarts Trust, une fondation britannique qui travaille à améliorer la qualité de l’information a donc créé le churn engine [littéralement la "machine à baratter"]. Il suffit de copier un communiqué de presse dans une fenêtre. La machine compare ensuite le texte avec une base de données constamment réactualisée de trois millions d’articles. Pour l’instant ne sont indexés que les quotidiens britanniques et le site de la BBC.
Les premiers résultats analysés par le Guardian, qui a utilisé l’outil avant son lancement public, montre que la pratique du churn est une largement répandue parmi l’ensemble des grands titres de la presse britannique, y compris la BBC et… le Guardian.
J’ai fait un test de mon côté pour voir l’efficacité de l’outil. J’ai choisi un communiqué de presse annonçant l’annulation du Grand prix de Formule 1 de Bahreïn. J’ai donc glissé le texte dans la fenêtre prévue:
La fenêtre suivante est particulièrement intéressante.Le communiqué a été repris dans pas moins de 18 articles, parus dans des titres aussi divers que le Sun, The Mirror, le Daily Express, The Independent, The Times, The Guardian, etc. Le grand nombre d’articles qui reprennent sur un point où un autre le communiqué de presse traduit une réalité du travail de journaliste aujourd’hui. En effet, le communiqué contient une citation du Prince Salman bin Hamad Al-Kalifha, prince héritier de Bahrein, sans doute difficilement joignable alors que le royaume est en pleine « éruption ».
Pour autant, est-il normal que les journalistes ne mentionnent pas dans leurs articles, la source des citations qu’il attribue au Prince? C’est le cas dans le Daily Mail, le Mirror, le Guardian, etc. On est pris de vertige en lisant tous ses articles les uns après les autres à retrouver au mot près le même discours du prince Salman. Un simple communiqué vaut largement une conférence de presse!
Les résultats montrent le pourcentage du texte qui a été coupé et le pourcentage de texte copié-collé. Ces pourcentages varient fortement d’un article à un autre, comme le montre la capture d’écran suivante, et un lien permet de retrouver l’article original:
Si l’on souhaite plus de détails sur les coupes, là encore il suffit de cliquer :




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Merci. Ce qui est nouveau, c’est l’outil pour analyser ce phénomène plutôt que le barattage en lui même. J’ai fait mon premier stage dans la presse en août 1997, un magazine de voyages. Tous les papiers que j’ai été amenée à écrire se fondaient sur des dossiers de presse et à l’occasion, des guides touristiques. Ensuite, j’ai réfléchis à la question des sources de l’info et j’ai appris mon métier. Pigiste, je collabore à plusieurs titres dans divers domaines et mon expérience rejoint l’exemple donné dans votre papier: la presse sportive baratte sensiblement plus que la presse généraliste. Enfin, il me semble. L’outil churnalism.com a le mérite de rendre visible et d’objectiver ce phénomène. Si les journalistes et les lecteurs veulent bien réfléchir aux conséquences de ce barattage, on peut espérer une diminution du baratin. Enfin, c’est mon souhait…
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Excellent papier que je vais mettre en lien direct sur mon blog, j’avais dénoncé toutes ces problématiques il y a quelques temps. Je suis ravie de voir que je ne suis pas la seule à me sentir concernée par ce type de problématique à mon métier.
Merci encore !
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existe-t-il le même genre de site mais en français?
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@soln1fo à ma connaissance, il n’existe pas d’équivalent en France, mais je suis preneur si cela existe. il existe un site « anti-plagiat » sur le web, mais plutôt à destination de la communauté enseignante et étudiante, Compilatio.net. Je ne l’ai pas testé, peut-être peut-il être utilisé pour détecter le churnalism.
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Vertigineux… Je ne connaissais pas le terme de churnalism mais j’ai la chance d’avoir des anciens collègues devenus « journalistes », qui me permettre de me rendre compte de ces façons de travailler et de relativiser la crédibilité de certains grands journaux. L’un, par exemple, est en charge de rédiger des « critiques » d’expositions ou livres culturels. Il ne se déplace quasiment jamais voir les expos, mais écrit ses opinions à partir des dossiers de presse qu’on lui envoie… Triste. http://unoeil.wordpress.com/2011/02/25/fluidite-de-l%e2%80%99information/
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