L’information « papier » est hors de prix

Rendre de nouveau l’information payante sur le web, c’est le rêve de tous les éditeurs. Mais des études récentes, et le résultat d’expérimentations comme celle du Times montrent qu’il y a loin de ce rêve à la réalité. La France, est aussi un terrain d’expérimentation dans ce domaine. L’occasion d’examiner les offres payantes existantes en France —quelles soient papier, papier et web et web seul— et leur attractivité, en adoptant le point de vue d’un simple consommateur d’information. Donc, un post en deux temps: d’abord un état des lieux et ensuite un comparatif des offres payantes existantes en France [pour des raisons pratiques, je me suis limité aux quotidiens nationaux], c’est-à-dire pratiquement tous les sites des quotidiens d’information.

L’idée de ce post m’est venue à la lecture de plusieurs informations distinctes: le constat que de plus en plus de sites français proposait des offres payantes; les résultats d’un sondage du Pew Research, un institut de recherche américain, qui montre que 65% des internautes américains ont déjà payé pour du contenu online; la publication des résultats du Media and Entertainment Barometer britannique qui montre que seul 2% des internautes seraient prêts à payer pour de l’information, les résultas controversés de l’instauration d’un mur payant « étanche » par le Times de Ruport Murdoch (et aussi celui de News of the World du même Murdoch) et en France la création prochaine d’un « kiosque numérique » auquel participeront les principaux quotidiens nationaux, à l’exception du Monde, et de trois news magazine (L’Express, Le Point et le Nouvel Observateur). Il faut ajouter à cela les résultats décevants de téléchargement d’applications sur l’iPad relevés en fin d’année 2010, et la longue grève des ouvriers du Livre, liée à la restructuration de SPPS, une filiale de Presstalis, qui a fait vaciller un peu plus le réseau de distribution de la presse écrite en France.

Toutes ont un rapport entre elles: l’affaiblissement de la presse papier minée en France notamment par un réseau de distribution de plus en plus mité, le fait que l’iPad (et les tablettes) qui était vue comme l’une des bouées de secours de la presse notamment magazine, l’érection de murs payants pour faire payer les contenus et faire oublier ce « péché originel » que fut l’instauration de la gratuité des sites de presse.

1. Le payant sur le web, un chemin semé d’embûches

Mais détaillons un peu:

L’enquête du Pew Research Center [lire ici, le Pdf] montre effectivement que 65% des internautes américains ont déjà acheté du contenu payant sur Internet que ce soit pour avoir accès à un site payant ou à sa partie payante [Premium], télécharger ou contenu, ou encore utiliser la fonction de streaming. Ce pourcentage correspond grosso modo au nombre d’internautes de ce pays ayant accès à l’ADSL. Concernant l’information, le niveau de consommation est faible, puisque seuls 18% des internautes américains disent avoir payé. Le rapport ne distingue d’ailleurs pas entre l’information « news », « magazine » et l’accès aux sites payants. Les diplômés [college graduates] et ceux disposant d’un revenu supérieur à 75.000$ par an [56.000€], sont les plus importants consommateurs d’information payante.

Le niveau des dépenses engagées est aussi très faible: en moyenne 10$ par mois (7,5 €). Ici, le rapport ne distingue pas selon les types de contenu, mais il est à noter que près de la moitié des internautes (43%) paient de 1 à 10$, 25% de 10 à 30$ et une frange de 7% 100$ et plus.

En fait, il semblerait (mais c’est à confirmer) que la stratégie de contenus Premium soit… payante, à condition remarque Amy Gahran de l’Online Journalism Review qu’elle soit « précisément ciblée —ce qui est une bonne nouvelle pour l’information de niche, les ‘special package‘ ou les services d’information spécialisés. »

La lecture du Media and Entertainment Barometer, publié sous l’égide de la société de conseil britannique KPMG, n’est guère plus revigorante. D’abord, il constate que 13% seulement des internautes britanniques ont déjà payé pour du contenu en ligne et qu’ils ne sont que 9% « à envisager de le faire dans l’avenir ». Mais surtout, il indique que seul 2% des internautes sont prêts à payer « pour un accès illimité [unrestricted access] à un site qu’ils utilisent actuellement régulièrement si un ‘mur payant’ était introduit, tandis que pratiquement 80% rechercheront du contenu gratuit ailleurs. »

Le vrai espoir viendrait des « apps. » pour mobiles et tablettes. Un quart des consommateurs britanniques en a déjà téléchargées des payantes sur leur mobile, un chiffre qui atteint 44% pour la tranche d’âge « stratégique » 18-34 ans.

Ces deux études récentes corroborent les résultats d’une autre plus ancienne (2009) de Gfk Custom Research, menée sur 16 pays européens et les États-Unis. Il en ressortait que seulement 13% des internautes acceptaient de payer pour des contenus. Les Français estimant, pour 89% d’entre eux que « les contenus et les informations devaient être gratuits sur Internet ».

Le mur payant « étanche » n’est pas la solution miracle…

Il paraît donc nécessaire de distinguer sites et applications pour mobiles et tablettes.

Concernant les sites, le « mur payant étanche » ne semble pas être une solution miracle, tant il suscite de réticences et s’adresse à un bassin d’internautes réduit. Plusieurs sites viennent d’ailleurs de l’abandonner comme l’américain  Editor & Publisher: « Le seul nom de ‘mur payant’ a une connotation péjorative, reconnaissait son Pdg Duncan McIntosh le 210 décembre 2010 (…) nous l’avons retiré pour attirer plus de trafic et faire en sorte qu’une plus grande part de notre contenu soit disponible pour nos visiteurs. »

C’est le cas aussi d’un site généraliste d’information locale, émanation d’un journal paraissant deux fois par semaine en Californie, le Sonoma Index-Tribune, qui après 3 mois d’expérimentation a cessé de demander à ses visiteurs de payer 5$ par mois en raison de l’apparition d’un site d’information gratuit —Patch d’AOL— sur le secteur [plus de détails ici]. Ce renoncement illustre le fait qu’un site payant n’est pas concurrentiel face à un site qui propose le même type de contenu gratuitement.

À une toute échelle, qu’advient-il des sites britanniques du Times et de News of the World rendus payant par Rupert Murdoch? Pour le second, le retour d’expérience est encore faible [il n'est payant que depuis le 14 octobre 2010], mais ce que l’on peut constater, selon ComScore, est que l’on est passé d’un chiffre d’1,5 million de visiteurs uniques en septembre 2010 à 634.000 en novembre, et que le « temps passé sur le site et par page vue est une forte décroissance, signifiant que les visiteurs ne font que s’arrêter sur la page d’accueil payante pour ensuite chercher ailleurs pour du contenu gratuit.

Même cause, même effet pour le site du Times de Londres. Selon une étude d’Experian Hitwise, commandité par le Guardian, le site aurait 54.000 souscripteurs (en novembre) auquel il faut ajouter 100.000 abonnés au « papier » qui aurait activé leur abonnement couplé « papier+web ». Tout aussi significatif, le fait que les trois quart de ces souscripteurs (41.000 sur 54.000) seraient basés en Grande-Bretagne. Une formidable régression, car les sites d’information britannique, du type Guardian, Daily Mail ou Daily Telegraph, ont grosso modo, un public divisé en trois parties sensiblement égales: un tiers britannique, un tiers américain et un autre tiers « reste du monde ». Bref, la question se pose réellement de savoir si ce modèle de mur payant étanche est viable sur le long terme.

[Lire la critique au vitriol que fait de ce modèle Clay Shirky, ou celle d'Eric Hippeau, le patron du Huffington Post, un site qui a trouvé son modèle économique, en restant gratuit, puisqu'il est à l'équilibre cette année tout comme l'est celui de The Atlantic, qui est aussi resté gratuit — attention, il faut être inscrit pour accéder au site du NYT].

À l’évidence, passer au payant, signifie trouver des systèmes plus fins —pour les sites d’informations générales—. C’est ce sur quoi travaille le New York Times, qui compte s’appuyer sur le « cœur » de son lectorat, c’est-à-dire les 15% de visiteurs qui consulte chaque mois plus de 20 pages du site [lire l'article de PaidContent sur ce sujet], mais n’entend pas pour entend construire un mur « étanche ».

… ni l’iPad

Reste donc les applications téléchargées sur mobile et sur les tablettes (pour l’instant essentiellement sur l’iPad). Il ne faut pas trop se bercer d’illusions comme le remarque Esther Vargas, de Perù.21, dans Reflexiones sobre Periodismo, un petit ouvrage collectif publié sous l’égide la FNPI (Fondación Nuevo Periodico Iberoamericano): « L’iPad ne fournira pas assez d’essence pour réinventer le journalisme tel qu’il doit et devrait être » [téléchargeable ici].

En dépit d’avertissement de prudence de ce type, tous les grands éditeurs se sont engouffrés sur ce support, car avec l’iPad, ce serait le retour du payant. Cela correspond aussi à un changement de mode de consommation de l’information qui se fait « en mobilité » et non plus sur un ordinateur fixe. Sans surprise, Rupert Murdoch est en pointe. Son groupe News Corp. va lancer en ce début d’année 2011 le Daily, un quotidien spécialement conçu pour les tablettes [lire plus de détails ici]. Il est suivi par Richard Branson, qui prépare Project, un magazine destiné à l’iPad et aux tablettes.

La mobilité un coin de ciel rose? Sans doute, mais le retour au réel est brutal. Les statistiques de novembre du nombre d’apps de magazine vendues sur iPad aux États-Unis ont sonné comme un rappel à l’ordre. Wired est le cas le plus spectaculaire. Le journal consacré à la high tech américain avait vendu près de 100.00 apps en juin 2010 lors de son lancement pour ne plus en vendre qu’un peu plus de 20.000 en novembre. Faible, lrosque l’on sait qu’il s’agit pratiquement d’un achat « au numéro »

Bref, l’effet de nouveauté ne dure pas et ensuite, comme le remarque Mashable, les ventes d’apps suivent a même courbe que celle des ventes en kiosque. Surtout, il semble que les utilisateurs soient déçus. Susan Currie Sivek de Mediashift, remarque:

« aujourd’hui, les apps de magazine ont tendance à être ternes, à être des répliques maladroites des pages des magazines imprimés et ne laissent pas les lecteurs partager le contenu via les réseaux sociaux, voire par e-mail » [cette impossibilité de partager est sévèrement critiquée sur son blog par Bradford Cross]

Le kiosque numérique, une solution à la française ?

C’est dans ce contexte que des éditeurs français, réunit dans un GIE, baptisé e-Presse Premium, veulent lancer un kiosque numérique. Il y a du village gaulois d’Asterix dans ce projet. Les éditeurs de quotidiens —L’Équipe et Le Parisien, Le Figaro, Les Échos— et de news magazines —L’Express, Le Point et le Nouvel Observateur— ont décidé de s’unir « pour, dixit Le Figaro, renverser le rapport de force créé par Google, Apple et Facebook. »

Le projet repose sur deux idées force:

  1. sortir du rapport de force financier imposé, par exemple, par Apple qui prélève 30% du prix final du contenu vendu et revenir à des marges de distribution inférieur à 20%;
  2. permettre à chaque éditeur de rester pouvoir continuer à fixer le prix de ses propres abonnements ainsi que le prix de ses contenus (articles) vendus à la pièce.

Nul doute, que les résultats de ce GIE, qui est piloté par Frédéric Filloux seront scrutés à la loupe car ce projet pour séduisant qu’il paraisse sur le papier semble, malgré tout, comme l’écrit Guillaume Champeau dans Numerama « apporter une mauvaise réponse à un problème qui est mal posé. La question est d’abord moins de savoir comment faciliter le paiement des différents journaux que de savoir si les journaux dans leur forme actuelle peuvent encore donner l’envie d’être achetés. »

Car l’information à un prix. Soit gratuite et dans ce cas, c’est la publicité, et/ou l’impôt via la redevance qui paie la fabrication du contenu, soit payante et dans le cas le consommateur paie tout ou partie du contenu [lire "Personne ne pense un seul instant qu'il devrait payer pour son journal"].

2. Le journal vendu en kiosque n’est plus concurrentiel

Avec en tête donc, le fait qu’un faible pourcentage d’internautes étant prêt à payer pour obtenir de l’information sur le web, je me suis livré à une étude comparative sur les différentes offres disponibles sur le marché français, concernant les quotidiens nationaux français. J’ai regroupé ces offres [je n'ai pas inclus dans cette étude les quotidiens dont le site est gratuit, c'est-à-dire L'Équipe, L'Humanité et France Soir] proposées par les différents quotidiens nationaux dans un GoogleDocs [ce doc est amendable et peut être complété].

Je m’en suis tenu à la seule approche par les prix sans m’interroger sur la qualité de l’information produite par tel ou tel titre ou marque. Il est donc possible d’obtenir un information (ou un article) selon 5 formules différentes:

  1. l’achat du journal papier au numéro (en kiosque),
  2. l’abonnement papier (qui peut-être délivré soit par la Poste soit par portage),
  3. l’abonnement mixte papier + web, qui inclut selon les formules le seul accès au site, ou l’accès au site —à sa partie payante— et aux applications smartphone et tablette. Etrangement, la presse quotidienne française semble avoir un très fort tropisme pour les produits Apple, iPhone et iPad.
  4. l’abonnement web, qui inclut souvent les applications smartphone et tablette.
  5. les applications smartphone et tablette.

À ce petit jeu comparatif, il existe un grand perdant: la vente en kiosque: comparée à toutes les autres formules, et quelque soit le quotidien, l’information papier vendue en kiosque est hors de prix, ou en tout cas n’est plus concurrentiel. Acheter un quotidien coûte (sur 5 jours) de 10 euros (France Soir) à 30 euros (Le Monde, Les Échos) mensuellement. Ce coût mensuel est encore plus élevé si l’on achète son journal sur 6 (Libération, Le Monde, Le Figaro) voire 7 jours (Le Parisien, L’Équipe) car, dans ce cas s’ajoute le prix de suppléments « obligatoires » comme les mensuels Next pour Libération, Enjeux pour Les Échos, ou hebdomadaires comme Le Monde Magazine, L’Équipe Magazine, Le Figaro Magazine et Madame pour (dans ce dernier cas existe toujours la possibilité d’acheter L’Aurore, qui est Le Figaro du samedi vendu sans ses magazines).

Si l’on calcule le coût annuel de l’achat en kiosque d’un quotidien, l’addiction à l’information coûte de 336 euros pour Le Parisien, à 484 euros pour Le Monde, quasiment le prix d’un iPad!

D’un strict point de vue de consommateur, le jeu en vaut-il la chandelle? Qu’apporte réellement de plus le journal papier?  Il est — pour des raisons inhérentes à son processus de fabrication— en retard sur l’information produite sur le web, par les radios et les chaînes télévisées d’information en continu. Il faudrait donc pour que l’achat en kiosque perdure, que les journaux apporte une très forte valeur ajoutée en terme d’analyse, de réflexion et de profondeur. Est-ce le cas? Le fléchissement continue des ventes, montre que le lectorat n’en est pas vraiment convaincu. C’est sans doute l’un des principaux défis que doivent relever les éditeurs et les rédactions.

L’acheteur en kiosque n’a pas accès aux infos payantes du site

À cela s’ajoute un deuxième handicap: acheter un journal implique trouver un kiosque en particulier pour les éditions du dimanche. C’est cette difficulté qui, entre autres, à conduit Amaury a construire son propre réseau de distribution distinct de Presstalis, pour Le Parisien, afin de densifier le nombre de points d’accès.

Et puis, il y a aussi le fait que l’acheteur d’un quotidien en kiosque est pénalisé par rapport aux abonnés, puisqu’il n’a pas accès aux sites payants (ou à la partie payante des sites), alors même qu’il paie plus cher! Pire, sur certains sites comme celui de Libération, celui qui achète le journal en kiosque se voit interdire la consultation des mêmes articles sur le site, la plupart d’entre eux étant en zone payante pendant les 24 heures de vente du quotidien. Il existe pourtant des solutions techniques très simples, comme les codes QR, qui permettraient à ces consommateurs d’avoir accès au site pendant, par exemple, une journée. Visiblement, l’imagination n’est pas vraiment au pouvoir dans les services marketing.

Côté abonnement, désormais pratiquement tous, à l’exception du Figaro et du Parisien, qui maintient un abonnement pure print, incluent l’accès au site et à sa partie payante. Certains comme La Tribune, ajoute des bonus, comme une édition numérique du quotidien le samedi, qui n’est accessible que pour les abonnés.

L’abonnement couplé, papier+web, fait-il baisser le coût de l’information ?

On pourrait penser que cette formule d’abonnement couplé aurait l’avantage d’abaisser le coût d’accès à l’information. Ce n’est pas toujours le cas: aux Échos, par exemple, si l’on adopte le Pack Premium, il en coûte 168 euros de plus sur une année que le seul achat du quotidien au numéro. Il est vrai que l’offre est particulièrement complète avec l’accès au site et à ses archives et des solutions de mobilité pour les smartphones et l’iPad. Par le jeu des réactualisation (pour l’iPad) et des alertes (smartphone), c’est une forme d’information en continu qui est ainsi proposée. Mais, question: cela vaut-il 168 euros. Il faut si l’on pratique ce genre de formule que l’information produite sur le web apporte une réelle valeur ajoutée par rapport au seul papier.

C’est le cas aussi pour Le Figaro qui fait payer légèrement plus cher son offre bundle, baptisée Global Club, par rapport au seul abonnement papier: 366 euros par an, contre 319. Une offre « cassée » (la différence est de  47 euros) en ce qui concerne le web, puisque l’abonnement « pure web » équivalent, Digital, coûte 180 euros. Elle a le mérite de la logique, on fait payer un peu plus cher l’abonné papier pour les services offerts sur le web, archives, etc., et en mobilité (smartphone et iPad compris).

Mais donc en règle générale, l’abonnement couplé est moins cher que le seul achat du journal en kiosque, c’est le cas pour Libération avec son Offre intégrale, qui comprend l’accès aux archives, au Pdf du quotidien et les apps. pour mobile et iPad, le tout pour 228 euros. On peut considérer que si l’on adopte cette offre, le prix du journal papier à l’unité est ramené à environ 28 centimes! Explications: il existe l’offre Première qui est un abonnement pure web à 144 euros par an. La différence entre l’Offre intégrale à 228 euros et Première à 144 euros est donc de 84 euros. En comptant quelques 300 numéros par an, on obtient un prix par numéro papier de… 28 centimes. Une telle proposition ne peut signifier autre chose que: le papier ne vaut rien. Les partisans du papier pourront soutenir que c’est la partie web qui ne vaut pas grand chose.

Plus on paie, plus on a de services

Les abonnements pure web offrent une grande variété, et leur logique semble plus évidente: plus vous payez plus vous avez accès à un grand nombre de services. Mais, il existe de très forte disparité de prix: le plus coûteux est l’abonnement aux Échos, 360 euros, mais il offre ce service d’information en continu dont je parlais plus haut. Ensuite, pour pour rester dans le registre strictement comparatif, on remarque que La Tribune casse les prix avec son abonnement à 120 euros, suivi par Libération à 144 euros, les autres proposant des abonnements de 180 euros.

La différenciation —outre la qualité d’information proposée par le site— peut se jouer sur les services et par exemple sur les archives, dont l’accès pour certains sites est limité —90 articles pour Le Figaro (pourtant Le Figaro parle d’accès à l’intégralité des contenus!), 25 pour Le Monde, par exemple— et pour d’autres comme Le Parisien, La Croix ou La Tribune, illimité. Un facteur qui pourrait être pris en compte au moment de choisir son abonnement à un site d’information.

Ces offres, pour certaines d’entre elles, comme celle Figaro Digital, comprennent un grand nombre de services [j'en ai compté 20] qui vont de l’abonnement à des newletters spécialisées à des services de conciergerie, et l’inscription dans la communauté du journal, grâce à des cercles de discussion, la possibilité de créer son propre réseau, etc. Pour Le Parisien ce sera des conseils juridiques, des offres promotionnelles sur d’autres produits, etc.

Le problème est que ces avantages supplémentaires ne sont guère valorisés sur les sites (Le Figaro fait un effort avec une vidéo de présentation) où ils se présentent souvent sous forme de listing sans que l’on sache précisément ce que recouvre chacun de ces services potentiels et quelle est leur réalité. Par exemple, si l’on rejoint la communauté du Figaro, ou celle de Libération, il semblerait intéressant de savoir combien de membres en font partie, par exemple, pour savoir ainsi si l’on peut bénéficier d’un effet de réseau ou si l’on se risque de se retrouver dans un désert. Bref, ces offres donnent souvent l’impression qu’il faut d’abord payer pour savoir.

Reste la question des apps. Elles sont pour la plupart gratuites pour l’iPhone, à l’exception de celle du Monde qui est payante (0,79 euros) et celle de Libération, (0,79 euros également et elle offre l’accès à 6 numéros pour 3,99 euros). Pour l’instant, le journal Les Échos est allé le plus loin dans la logique du « payant mobilité » en proposant deux offres: l’une étant un abonnement « mobile » et l’autre un abonnement au seul iPad.

Après ce rapide tour d’horizon, quelques remarques:

- le prix de l’information est lié au support, le moins coûteux étant le mobile et le plus onéreux le journal papier vendu en kiosque. De telles distorsions sont-elles soutenables à moyen et long terme?

- l’information est beaucoup moins chère sur le web que sur le papier et ce quelque soit le titre. L’écart est grosso modo de 1 à 2. Cet écart peut se justifier par des différences de coût de production et de distribution. Cela rend encore plus intenable sur le long terme l’information papier.

- l’achat d’information « à l’article » est difficile voire impossible. En tout cas, l’offre n’est guère apparente, à l’exception des archives. Le kiosque numérique e-Presse Premium devrait résoudre ce problème. Mais la situation est pour le moins étrange: pour s’informer sur un sujet précis il est nécessaire d’acheter soit la totalité de l’information du jour (quotidien papier) soit de s’abonner pour au minimum un mois. Il y a longtemps que l’on est plus obligé en musique (merci iTunes) d’acheter un album complet si l’on ne souhaite écouter qu’un seul morceau.

- l’information brute, la hot news est désormais gratuite. Elle est considérée par la totalité des éditeurs comme une commodity, comme disent les anglo-saxons, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de valeur, ou en tout cas une valeur très faible. Mais cela pose une question, pour les sites web: pourquoi une information bascule-t-elle du côté du payant ? Ce choix qui n’est pas réellement un choix éditorial mériterait d’être plus expliqué. Là encore sur aucun des sites, je n’ai trouvé d’explication, si ce n’est le fait qu’une « vieille information » basculait dans le payant dès lors qu’elle devenait archive. Un peu court pour un consommateur d’information.

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22 thoughts on “L’information « papier » est hors de prix

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  2. La solution en France me semble être celle de Mediapart « web only » pour un prix relativement modique (9€ mensuels) et un accès complet.
    Sinon, le format papier a effectivement du souci à se faire: polluant, inadapté, obsolète dès son impression son seul attrait reposerait sur des éditos de fond « paper only »…mais à faire connaître sur le web?
    Le chat se mord la queue

  3. Votre débat est préhistorique ! C’est comme comparé le ciné et la télé qui devait le tuer !!
    Rien ne vaut son quotidien entre les mains devant son kwa et la lumière ordi ça me fatigue et me gave rapidement, c’est bien pour les news en brèves…

  4. Les journaux, depuis 20 ans à peu près, c’est quoi ? c’est de la pub, et des « opinions » (Oui vous savez, Les « éditorialistes » qui insultent le lecteur à longueur d’adjectifs en une répugnante propagande infantile). Vous voudriez pas tout de même qu’on *paye* pour ça ? On payait des enquêtes, du travail, une déontologie âprement remise en question conseil de rédaction après conseil de rédaction. De l’information, vous voulez tout de même pas que je vous définisse le terme ? La presse a doucement glissée, et nous, les lecteurs, on vous a prévenu, et c’était ya longtemps, et on vous a re-prévenu.

    C’est pas nous, les lecteurs, qui avons tué la presse. Elle s’est suicidée toute seule.
    Get over it, les journaliss, vous êtes pathétiques avec vos articles pleurnichards, c’est fini, c’est mort, moving on. Quant à l’attitude de cette vielle presse moribonde vis-à-vis de l’ipad, c’est typique. C’est quoi l’ipad ? Dans la vraie vie on utilise des ordinateurs, des PCs, vous savez, des machins pas chers, en plastique, qui marchent.
    Pathétiques, je vous dis.

  5. les purs players oui, sans pub oui, payant oui ! L’abonné serait le marché prioritaire et il est vrai que c’est très très très rare…
    médiapart. Rezo.net Voltairenet et d’autres produisent une info, qui à mon avis, est hors des logiques d’intérêts économiques médiatiques (marché de la pub), que le bon sens commun omet souvent de relevé !

  6. Je partage votre analyse: les news issues des agences de presse sont une commodité à très faible valeur qui est gratuit, le restera c’est à dire payé par la pub. On peut d’ailleurs argumenter que c’est déjà le cas avec les circuits existants: journal télévisé et presse papier gratuite. Cette info a faible valeur ajouté continuera de coexister avec une presse payante offrant une valeur ajoutée plus élevée sous forme d’analyse et de dossiers. Il est également probable que la presse papier va grandement diminuer au profit de la presse internet qui a un avantage certain en terme de coût et de réactivité.

    Un facteur que vous ne mentionnez pas: les petites annonces vont disparaitre des journaux papier car internet a un avantage comparatif insurmontable dans ce domaine: possibilité de recherche multicritère, espace illimité, possibilité pour l’émetteur de l’annonce de rédiger lui-même le texte sans intervention humaine de la part du diffuseur.

    Une des difficulté non mentionné dans votre analyse concernant la presse payante sur le web est de savoir comment recruter de nouveaux lecteurs. Pour la presse papier, c’est relativement facile: un lecteur potentiel va lire l’édition papier chez un tiers (connaissance, salle d’attente, journal abandonné, bibilothèque) ou peut acheter quelques numéros « pour voir » – ça ne coute pas très cher. Ensuite si ça lui convient, il va acheter régulièrement ou s’abonner. Pour la presse en ligne la découverte chez un tiers n’est pas possible et l’achat au numéros peu commode: acheter un magazine ou un journal quand on est désœuvré par exemple dans une gare ou un hôpital ça ne représente pas un gros effort et puis on a pas grand chose d’autre à faire… Acheter un numéro en ligne pour voir c’est différent: on a en général un vaste choix d’autres occupation et d’information possibles alors pourquoi prendre la peine de payer en ligne…
    Il faut donc pour attirer les lecteurs potentiels qu’une partie du contenu soit gratuit, de la même façon que bon nombre de lecteurs accèdent à la presse sur support papier gratuitement chez un tiers. Toute la difficulté est dans l’équilibre du gratuit et du payant: Il faut que le gratuit soit attrayant donc ne pas le limiter à des articles anciens ou secondaires mais il ne faut pas non plus que cela représente un part trop importante de la valeur ajouté sinon le lecteur ne verra pas l’intérêt de s’abonner. Médiapart et Le monde illustre les deux extrêmes de déséquilibre: médiapart n’a pas assez de contenu gratuit pour que j’ai pu voir s’il correspondait à mes besoins, le monde par ailleurs a beaucoup de contenu gratuit et je n’ai pas encore vu pour l’instant l’intérêt de m’abonner. Un bon équilibre à mon sens correspond à ce qu’a mis en place the econnomist récemment: Tous le contenu est potentiellement gratuit mais limité à 5 articles par semaines: on peut venir régulièrement sur le site, on peut lire les articles qui nous intéressent le plus mais si on veut avoir accès à tous le contenu il faut payer, c’est d’ailleurs ce que je viens de faire après plusieurs semaines de consultation gratuite. Un bon modèle à suivre je pense. Après il faut que le prix soit justifié et que les économies de coût liées à la distribution par internet soient répercutés pour le lecteur par un prix d’abonnement accessible.

  7. @DaveMingChang les lecteurs tuent —aussi— la presse en ne l’achetant pas. Qu’il y ait des problèmes de contenus, j’en suis bien d’accord. Je n’ai pas voulu rentrer dans ce débat pour ce post, pour en rester sur une question que l’on n’aborde que très rarement: celle du prix. Et la dessus la conclusion est simple: les quotidiens sont trop chers et sur Internet on ne sait vraiment ce à quoi on s’abonne. Dernière chose, il devrait se vendre près de 100 millions de tablettes en 2011, et celles-ci ont déjà quasiment tué les mini PC.

  8. @leblase la solution MediaPart est celle du mur payant étanche. Elle peut fonctionner pour un petit site (MediaPart doit avoir maintenant de l’ordre de 50.000 abonnés) mais semble difficilement valide pour un site grand public, comme en France, Le Monde ou Le Figaro. Il faut inventer d’autres formules mixtes payant/gratuit. C’est le dosage qui est délicat et qui peut faire le succès ou l’échec.

  9. @idéesmobiles bonne question: comment trouver non pas seulement de nouveaux lecteurs mais surtout de nouveaux « lecteurs-acheteurs ». La solution de The Economist, qui se rapproche de la solution adoptée par le Financial Times est intéressante. Mias il s’agit de deux sites qui apportent une vraie valeur ajoutée en terme d’information. Cette formule est-elle extensible à un site grand public ? On aura, je pense la réponse assez rapidement grâce au New York Times qui devrait passer très bientôt au payant en suivant ce modèle.
    Les journaux ont déjà perdu les annonces immobilières: il suffit de voir l’effondrement des filiales de Sud Ouest et de Ouest France qui éditent (éditaient, serait plus juste) des journaux de petites annonces.

  10. Pour ce qui est de l’achat à l’unité je ne crois pas que la comparaison avec iTune soit pertinente: Sur iTune on achète quelque chose que l’on connait déjà et que l’on sait que l’on apprécie. Pour un article, par définition on ne peut connaitre son contenu et donc on va se retrouver à chaque fois à se poser la question « est-ce que cet article vaux vraiment le coup » ce qui va grandement réduire notre curiosité et risque de rendre la lecture beaucoup moins agréable si l’on en croit le post de Dan Ariely suivant: http://danariely.com/2010/11/26/an-irrational-guide-to-gifts/
    l’achat groupé présente de nombreux avantages car dans mettons les 10 articles que je lis ou parcours chaque jour il y en a au moins un que je trouverais intéressant mais il est quasi impossible de prévoir lequel sur la simple base du titre et d’un résumé. Le modèle de payement à la consommation n’est pas toujours préféré par les français même lorsqu’il est plus avantageux économiquement: voyez par exemple les connexions internet où les forfais se sont largement imposés par rapport à la consommation au temps passé ou au débit cumulé. Pareil pour les téléphones mobiles…

    On peut par contre penser que la fin du papier sonne aussi la fin des journaux généralistes et l’avènement des journaux spécialisés de la même manière que l’on observe actuellement un tassement de la grande distribution généraliste et une montée en puissance des moyennes surfaces spécialisées. On consommerait donc des nouvelles d’agences gratuites sur des sites généraliste et on s’abonnerait à quelques sites payant spécialisés sur un sujet qui nous passionne et sur lesquels on est prêt à payer pour la vrai valeur ajouté qu’ils apportent par leurs expertises, leurs analyses, leurs commentaires et leurs mises en perspectives. — Pas sur que la démocratie y ait beaucoup à gagner soit dit en passant.

  11. Marc, cette sortie sur les tablettes « il devrait se vendre près de 100 millions de tablettes en 2011, et celles-ci ont déjà quasiment tué les mini PC » est symptomatique du problème : Qu’est-ce que vous racontez ?

    La presse s’est ridiculisée, cet hiver, à tenter de nous persuader que l’idad était « la star de noel » (ben oui n’est-ce pas, on vous en parle, vous l’achetez, c’est ça notre conception de notre travail :) ) avec les résultats attendus de cette auto-prophétie foutraque
    http://www.maclife.com/article/news/analyst_ipad_sales_slow_down (c’est *juste* un mini-article, mais renseignez-vous – sur les blogs)

    Et qu’est-ce que vous venez de me dire , là ?  » celles-ci ont déjà quasiment tué les mini PC » non mais d’où sortez-vous cette monstrueuse sottise ? D’un journal ?

    Je ne comptais pas mettre ça sur la table, mais ça aussi vous auriez du le voir venir : Vous , les journalistes, n’y connaissez rien en informatique. Non, mais je suis sérieux hein ? Les journalistes sont clairement, nettement, en carence grave vis-à-vis de l’outil, de la technologie. Et ils arrivent encore à se persuader qu’ils ont quelque prise que ce soit sur la réalité (on va leur faire acheter des zipades !) , alors que c’est à peu près le contraire.

    Ma fille de 14 ans est consternée des erreurs qu’elle relève en permanence dans la presse qui continue à trainer à la maison. Et pas seulement en matière d’informatique, mais au simple plan de la syntaxe, de l’orthographe, « mais qu’est-ce que c’est, ça ? C’est n’importe quoi ? »

    Et on retombe dans la proposition de base, malgré votre « Je n’ai pas voulu rentrer dans ce débat pour ce post » : Comment voulez-vous que le lecteur, qui utilise l’informatique, mais réellement, tous les jours, se laisse faire la leçon par de doctes intellos sachant tout juste astiquer leur macintosh sans l’éteindre ? Ca marchera pareil pour l’actu internationale, se dit-il, le lecteur. Si mon journal est aussi débile et bouché sur le proche-orient que sur l’informatique, autant aller lire 4chan.

    Au fait, l’ipad, vous avez réfléchi un peu là-dessus ou vous vous contenez de répeter ce que vous lisez dans « la presse » ? Vous trouverez nombre de blogs, d’articles en ligne, très détaillés, pour vous expliquer de quoi il s’agit vraiment.
    http://boingboing.net/2010/04/02/why-i-wont-buy-an-ipad-and-think-you-shouldnt-either.html

    Est-ce que vous commencez à entrevoir ce que je veux dire quand je vous dis que la presse est morte, qu’elle est nulle et non avenue, que c’est (peut-être ?) triste mais que c’est comme ça ?

    Saisissez vous dans son entier l’abyssale vacuité de l’ensemble ? Ou bien désirez-vous un autre exemple ?
    L’orthographe et la syntaxe, par exemple ?

  12. @idéesmobiles c’est effectivement la fin des généralistes, mais ils peuvent renaître sous d’autres formes comme les agrégateurs. Il faut en tout cas le souhaiter.
    Sur iTune, je persiste. L’important est bien de trouver un mode de paiement à l’unité, comme on en a trouvé un pour la musique. Ce peut-être le début du texte, ou un extrait particulièrement pertinent (s’il s’agit d’un article), un teaser s’il s’agit d’un contenu plus élaboré comme un web documentaire, mais aussi la mise en avant des commentaires, comme cela se fait sur iTune, la mise en place de « listes » par les gens qui aimerait plus particulièrement tel ou tel journaliste et la manière dont il travaille, etc. Bref trouver un moyen de valoriser le contenu sans le déflorer. C’est tout le travail qui est fait sur iTune.

  13. je suis complétement d’accord avec vous, comme le dit Alain Gresh « l’information de qualité a un cout » (référence approximative) c’est vrai. La difficulté si vous voulez c’est de concevoir que sur les versions papiers, on place tjrs la pub en premier. On démarche tjs les annonceurs avant les articles. bref combiné à cela la dénégation de l’aspect économique qui tend à faire perdurer le mythe d’une presse intermédiaire du peuple, de service à la collectivité… (je vais faire une colique) !
    Finalement le travail de dénégation de l’aspect économique (application Libération sur smart phone payante par ex) et en plus le tartinage de démocratie et de liberté qu’on nous crache à la gueule me faire juste dire que finalement si on prend les oligopoles médiatiques, qu’on rajoute à cela le mythe de la crise de la presse souffler par les journalistes connus qui en font un problème construit, et le fait que les médias ne demeurent que les tribunes des partis politiques (c’est raccourci j’avoue) qui par dela le temps on ouvertement montré leurs soutiens à cette presse (Hersant-UDR-Banque Vernet et le 39 BIS de CGI). Tout cela pour dire qu’à par la presse altérnative qui merite un detachement idéologique, il n’existe de presse qui ne soit pas soumise à la loi du spectacle et de la monnaie.
    Regarder le Groupe Ouest France ! Donc la presse oui mais indépendante, avec une pub oui si il est necessaire mais paradoxalement à l’encastrement de l’économie dans tout (Polanyi) les sphères de la société. Pourquoi ne pas auxiliariser l’éco à la liberté d’expression et non l’inverse ? Ah le capitalisme …

  14. @DaveMingChang les erreurs des journalistes, la qualité de l’information, les fautes de syntaxe… tout cela mériterait un livre, voire une encyclopédie! Sur l’iPad —et l’ensemble des tablettes— je maintiens qu’il va s’en vendre des dizaines de millions en 2011 (c’est du moins ce qui s’est dit au CES de Las Vegas, où pratiquement tous les constructeurs ont présentés des tablettes). Qu’on le veuille ou non, c’est un marché de masse qui s’ouvre. Mais une précision: cet appareil est destiné à des usages très variés: jeux, visionnage de vidéos, lecture d’e-book, etc. la consommation d’informations (sous forme d’apps de journaux et magazines, ou d’agrégateurs type Flipboard) ne représentera sans doute jamais la majeure partie de l’usage. Il faut concevoir aussi que l’iPad a été conçu pour un public qui maîtrisait mal l’usage d’un clavier (on est dans la même logique que Google Instant) et que l’usager devait pouvoir l’utiliser avec des gestes « naturels ». Dernier point: je suis d’accord, les journalistes sont en carence grave vis-à-vis de l’outil et de la technologie.

  15. Je rends hommage à votre calme surtout lors de vos réponses ;

    En toute hystérie courtoise, je pense humblement que c’est toute la maison qui s’effondre. Tout le monde, et le lectorat a sa responsabilité là-dedans oh que oui, a laissé se répandre le fiel du sondage, du publi-reportage, du desk à la remorque des annonceurs, les pratiques les plus basiques ont peu à peu disparu, plus de guillemets, plus d’italique, plus de hiérarchie typo (souvent plus de typo du tout) et tout ce qui s’ensuit.

    Je préfère éviter de parler de couleur, de mise en page et de création en général car ça nous entrainerait trop loin et nous déprimerait encore davantage.

    J’ajoute que je suis un lecteur normal, attentif, et qu’on est des millions comme moi. Des millions.

    The way I see it, la presse est en convalescence sur le web. Bien sur qu’il reste des journalistes, des vrais qui sentent, des grillés, avec des tonnes de dossiers poussiéreux, qui bossent réellement, naturellement ils crèvent la faim, et c’est parfois douloureux de les voir se débattre à la recherche d’un modèle « économique » (quand souvent, avant la question de la rentabilité il faudrait penser la viabilité intrinsèque de l’ensemble du titre (de presse) en des termes simples, du genre « est-ce qu’on a envie de faire ça, est-ce que ça sert à quelque chose ? ») mais on va s’en sortir c’est sur, juste c’est assez apocalyptique vu de mon point de vue de lecteur.

    Le cas de la télé est spectaculaire, ça ressemble à une punk-song du début des 80s, ce crépuscule interminable, cette lente dégénérescence publique de la plus belle invention depuis le cinéma (quoiqu’on en dise, techniquement la TV c’est de la bombe) cette agonie ennuyante, ce hurlement imperceptible, franchement, vous avez regardé la *télé* récemment ? Spécifiquement, le journal télévisé ? N’importe quelle chaine ? Dans tout le théâtre antique et moderne, a-t-on jamais vu plus sinistre pantalonnade ?

    Tout est faux, mais faux, de cette fausseté qu’on les vrais mensonges, et sans aller chercher un complot quelconque (tu risquerais de trouver ;) ) c’est bien que tout le monde est d’accord pour se raconter du bullshit. Déjà le concept même de JTélévisé était pourri à la base, ça ressemble à quoi de trier comme ça les sujets par ordre d’importance, ça veut dire quoi de se laisser biberonner de la propagande par une talkin-head ?

    La presse papier, au lieu de réfléchir à ça, à foncé dans le panneau ; Un mot là, pour tout ceux qui voudraient me brandir *leur* journal à la face, leur « libé des 70s », leur « Monde des 80s » ou pourquoi pas le New Yorker des 50′s : Bien sur. Bien sur qu’elle a réfléchi, la presse, on l’a vu, on l’a senti, et puis à chaque fois (mais à chaque fois, hein ?) le résultat de l’étude est parti à la poubelle et on a fait le contraire.

    S’abonner à des blogs c’est bien. Ecrire un peu gratos aussi c’est bien, de toutes façons tout le monde est devenu trop riche, c’est ça qui a tué la presse, elle n’est pas sensée produire de la richesse, depuis quand les journalistes sont *riches* ? Personne ne devrait être riche. Quel bordel ce commentaire, t’as vu ça c’est de la presse gonzo mon ptit pote ;)

  16. Un truc spectaculaire, c’est les photos. Aujourd’hui le moindre phone GSM a un appareil digne du minox que tout reporter gardait toujours sur lui, et ça fait même des vidéos. Et qu’est-ce qu’on voit dans les journaux ? Des stock-shots. Des images de corbis, getty, ce genre de merde. Si. Des concepts fumeux de publicitaires défoncés illustrés par des gens hilares devant des écrans plats au milieu d’une oasis. Des natures mortes.

    C’est à hurler de rage à la lune, ça non ? Et les journaux voudraient qu’on les sauve de leur own private impending doom ?

    Les agences photo sont mortes, et salement, dans d’atroces souffrances, bien sur on n’a pas pu compter sur les vidéastes pour sauver l’image (pourquoi ?) et aujourd’hui, alors que tout le monde est virtuellement (voir ce mot) photographe de presse, qu’il y a moyen de montrer des images nouvelles, et des vachement funky (t’as qu’à rien que prendre les miennes, tiens, au hasard) eh ben on t’illustre « la montée de l’inquiétude » () avec une actrice en jellabah.

    Alors quand tu additionnes tout ça, le son et l’image, tu te dis que t’as pas envie que la presse guérisse. T’as envie qu’elle meure un petit peu, avant.

  17. @DaveMingChang C’est Gonzo effectivement -:) Pleins de pistes de réflexion intéressantes, mais on s’éloigne de la question du prix de l’information pour le consommateur

  18. Vous croyez sérieusement à iTunes comme ayant quoi que ce soit à voir dans l’avenir de l’info sur le web (ou ailleurs, fuck le web) Marc ? Sans déconner ? iTunes, *le* iTunes d’apple ? Celui qui censure des contenus et des applications comme si yavait pas de demain ? Qui a, d’une seule main, taxé tout ce qui reste du music-business sans se contenter de rien améliorer ? Cet apple-là ? Qui a tout taxé, son logo et son nom même aux Beatles, rien que ça, Qui a réussi à faire croire aux neuneus qu’il a inventé le smart-phone ? Qui a taxé toute honte bue le code de BSD pour en faire le système le plus fermé du monde ?

    Je sais pas, c’est moi ou quoi ? Je suis complètement débile ? Peut-être que je suis complètement débile après tout. Je ne fais plus du tout confiance à Apple, en fait j’ai jamais fait confiance à apple, ils me faisaient déjà pitié dans les 80s quand je jouais sur mon Amiga 500 à des jeux funky et colorés en multitache et qu’il se tiraient la bourre avec microsoft sur de futiles histoires de bureautique. Apple c’est le contraire de l’innovation, de l’invention, le con-trai-re. Digression. Dsl. Fuck Apple, c’est du bon sens enfin.

    Le prix de la presse, c’est celui de l’information : zero. Ca vaut rien l’info, c’est gratos. Moi j’envoie des chèques par-ci par là à des sources que j’aime bien (tout le monde fait ça, pas toi ?) Le pire qui pourrait m’arriver, en tant que lecteur, c’est que ça leur permettre de vivre. Des qu’arrive l’équilibre financier les chacals débarquent et saccagent tout. I say starve the news-makers.

  19. Pingback: L’information « papier » est hors de prix | CCFI

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