Avec Storify, une nouvelle forme de journalisme vient peut-être de naître. En tout cas, cette plateforme pousse dans sa logique la plus radicale, ce que l’on pourrait appeler le « journalisme de réseaux sociaux. » Ici, les sources d’information s’appellent Twitter, Facebook, Flickr, YouTube, les flux RSS et Google. L’outil offre la possibilité de les trier, sélectionner, organiser, mixer, avec une facilité déconcertante. Il ne reste plus au journaliste qu’à ajouter ses propres informations, éventuellement ses commentaires et ses analyses, et à éditer l’ensemble.
Storify est une tout jeune entreprise. Son Pdg, Burt Herman, est aussi le fondateur du mouvement Hacks/Hackers. Ce journaliste, après avoir travaillé 12 ans pour Associated Press, a décidé « d’explorer les recettes secrètes » qui rendent les entreprises de la Silicon Valley aussi innovantes, afin de voir si ces recettes ne pourraient pas être appliquées au journalisme. Sporify est né de ce croisement d’expériences.
La genèse du projet tient d’abord à une réflexion et un constat, comme il l’explique à Robert Hernandez de la Online Journalism Review (OJR) :
L’idée est venue d’une réflexion sur l’avenir du journalisme et le du fait que désormais chacun crée tellement de contenus. Nous sommes inondés de Tweets, de vidéos de YouTube, de photos de Flickr et de pleins d’autres choses.
Comment canaliser ce flux et surtout quel rôle peut encore avoir le journaliste ? Ici, Burt Herman distingue soigneusement le terme de « reporter », activité confiée désormais à tout un chacun, de celle de « journaliste ». Il explique :
Tout le monde peut-être un reporter quand survient un événement. Mais tout le monde n’est pas un journaliste — donner du sens à un sujet et en fournir le contexte.
De là est né Storify qui est:
Un système qui aide les gens à faire cela, à prendre le meilleur des médias sociaux et à placer cela dans une story [article/histoire], c’est-à-dire à le « storifier » [to storify it]
[l'intégralité de l'interview de Burt Herman, à l'OJR]
Voilà pour les déclarations d’intention, mais qu’en est-il dans la réalité de cet outil. Je l’ai testé très sommairement (voir ci-dessous) essentiellement pour en examiner les ressources, la facilité d’usage et essayer d’en cerner les potentialités.
Je dois avouer que tout m’a stupéfié: la facilité et la simplicité d’usage, la rapidité de création, la puissance de l’outil (en particulier de ses fonctions de recherche), la rapidité d’exécution qu’il offre pour construire un sujet multimédia… Bref, il permet de traiter de manière journalistique l’information produite dans les réseaux sociaux.
Mais en premier lieu, un regard sur l’interface extrêmement simple d’un outil qui est encore en version bêta:
Le fait que tous les éléments d’information placés dans la « colonne de travail » soient repositionnables offre un grand confort de travail: on peut en effet sélectionner à la volée les éléments intéressants pour ensuite les réordonner et les éditer. Cette facilité d’emploi, le fait que les sources soient en flux permet d’imaginer que ce logiciel soit utilisé en premier lieu pour l’actualité chaude.
Storify rend inutile l’utilisation d’une plateforme de blog
Je me suis donc piqué au jeu pour un court exercice pratique sur les manifestations du 12 octobre 2010. Pour un premier essai, je trouve le résultat assez intéressant sur le plan de la forme, avec le texte qui joue avec les tweets, les extraits de Facebook et autres vidéos de YouTube.
Toutefois, à la relecture, il me semble que l’équilibre entre le texte de l’article et les « éléments provenant de réseaux sociaux » n’est pas très bon: j’aurai du écrire des paragraphes plus longs, les tweets et autres extraits de Facebook ne venant vraiment qu’en appui du texte, un peu comme une citation. Je trouve aussi très difficile de réaliser un bon enchaînement entre le texte et les tweets.
Cela étant dit, Storify présente deux autres avantages:
- l’article est mis en forme, rendant inutile l’utilisation d’une plateforme de blog
- l’article ainsi rédigé peut être diffusé directement via Twitter et Facebook, mais il propose aussi un système de notification automatique (via Twitter) pour tous ceux dont les informations ont été utilisées.
Article rédigé à titre expérimental avec Storify
Pour aller plus loin
- Un article du NiemanJournalismLab, qui présente le projet Storify
- Un interview de Burt Herman réalisée par Adriano Farano sur Owni, qui porte sur le mouvement Hacks/Hackers



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Merci pour l’article et le feedback! Vraiment super. On est encore en version bêta mais on travaille dur pour la sortie officielle. N’hésitez pas si on peut vous aider vous ou vos lecteurs d’une façon ou d’une autre.
- Xavier
Cofondateur de Storify
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@Xavier je n’ai pas encore eu le temps de faire d’autres essais, mais sincèrement, je pense que Storify apporte quelque chose de neuf. Un outil de ce type manquait pour gérer —d’un point de vue journalistique— les flux d’infos qui remontent dans les différents réseaux sociaux. Il existait bien des aggrégateurs automatiques, mais l’innovation essentielle tient dans la possibilité de sélectionner et d’ordonner « à la main » ces infos. Il y a aussi une autre innovation qui me semble essentielle —dont j’ai pu vérifié l’efficacité en raison du nombre de retours, de citations et de reprises, que j’ai eu sur mon Twitter— tient au fait que l’on envoie un tweet à toutes les personnes citées dans sa « storify » (créons le néologisme). Cela crée à l’évidence un rapport de proximité entre celui qui écrit/publie l’article et ses sources.
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