Facebook et LinkedIn : de l’autre côté du miroir



Les réseaux sociaux modifient profondément le rapport que l’on a avec l’information. Le réseau de ses amis et de ses relations constitue une forme d’agence de presse partagée et collaborative, ainsi qu’une encyclopédie vivante et multimédia. C’est un nouveau défi que doivent relever les médias traditionnels. Voici un aperçu de ce que j’ai appris sur mon Facebook et mon LinkedIn les 29 et 30 décembre 2008.

En quelques mois, Facebook et LinkedIn, les deux réseaux sociaux sur lesquels je suis inscrit, me sont devenus une source d’information et de culture indispensable. La question de leur utilité ne se pose plus. Il est très probable que les lecteurs de ce blog utilisent ces outils [ou d'autres similaires], mais il me semble important de mettre l’accent sur cette dimension sous-estimée, souvent ignorée, voire niée.
Les réseaux sociaux —surtout Facebook— sont souvent critiqués
Facebook, sans doute en raison de sa dimension grand public et de sa croissance phénoménale est l’objet de vives attaques, qui épargnent Myspace (en raison de sa dimension artistique ?) ou LindekIn (par méconnaissance?). Elles ne sont jamais frontales. Par exemple, le très discutable  Planète Facebook diffusé sur Envoyé spécial le 4 décembre 2008, montrait un « Facebook lieu de drague pour vieux pervers à la recherche de fraîches adolescentes ». Télérama, de son côté sous le titre Et toi, t’as combien d’amis sur Facebook ?, joue les esprits forts et et décrit un gentil monde peuplé de gentils stupides [sur le modèle de la vidéo que j'avais postée récemment].

[Nota : Facebook et LinkedIn étant deux réseaux sociaux privés, je n'indique dans ce post ni les noms de mes amis/relations ni celui des groupes auxquels j'appartiens. Par ailleurs, j'ai exclu twitter de mon propos, bien qu'il constitue également désormais une de mes sources d'information importante].

Ces réseaux sont d’abord un lieu d’échange, de mutualisation et de discussion des informations, des sources et des trouvailles de chacun dans un registre de domaines étonnement varié. Ce sont aussi (surtout Facebook) des espaces où l’on peut exprimer ses coups de cœur et de colère. Comme nous sommes entre gens de bonne compagnie [car nous nous sommes choisis] les propos sont libres, les commentaires courts, incisifs et drôles.
Les amis des mes amis sont aussi mes amis
Sur Facebook, le fait que « les amis de mes amis sont aussi mes amis » est un aspect très intéressant, par l’effet de chaîne qu’il produit, notamment sur les commentaires. Ceux-ci peuvent s’enchaîner en une série ludique, informative… selon l’humeur de l’heure ou du jour.
Enfin ["et c'est tout neuf", j'avais écris cela dans la première version de ce post, mais en fait l'outil est "vieux"], Facebook propose un outil [en forme de console son] pour régler les « actualités de ses amis » en fonction de ce que l’on souhaite privilégier, amour, groupe,  amitiés, vidéos, etc. et
Ma page Facebook est une auberge espagnole
Bien entendu, la communauté, le réseau de chacun étant distinct, l’information, les opinions, les engagements, les réflexions seront différentes pour chaque inscrit. Cela nous place —sur le plan de l’information et de la réflexion— dans une situation particulière:
• la [ma] page d’accueil est unique;
• la [ma] page d’accueil tient de l’auberge espagnole, puisque chacun vient avec ses soucis, ses envies, ses connaissances, ses passions…
• rien n’est neutre, puisqu’il s’agit de faire partager, et donc un forme d’engagement est souhaitable. Attention, il ne faut pas être lourd; les « boulets » ne sont pas les bienvenus. Cela peut introduire aussi une forme de biais
• Les informations et réflexions ne couvrent pas l’actualité dans son ensemble, et les sujets abordés sont souvent décalés. Ce n’est pas le lieu des scoops.
Seul problème: cette information est volatile [24 heures environ, à moins de remonter dans la page de l'ami(e), encore faut-il se souvenir de qui a posté telle info, tel lien, etc. ]. On pourrait lui appliquer une devise digne de César : « vue, lue, disparue »…

Voici une courte sélection de ce que j’ai vu, lu et partagé les 29 et 30 décembre 2008

L’émotion provoquée par l’attaque israélienne sur Gaza
L’attaque de l’armée israëlienne sur Gaza a provoqué sur mon Facebook une forte émotion. Naïma par exemple, a posté ces documents (photo et document de Sarem Bade), ce qui a provoqué un commentaire de Saïda : « Comment peut-on laisser ça encore et encore… » [Saïda ne fait pas partie de mon réseau, mais de celui de Naïma]

Claire de son côté a publié un lien qui renvoie à la page Facebook de Global Voices [un site qui fédère des blogueurs dans le monde entier] sur laquelle on trouve « Les réactions de blogueurs israéliens » et une « revue des blogs de Gaza », tandis que François (avec plusieurs autres de mes amis) rejoignait le groupe « Stop massacre upon Gaza!!! ».

Philippe de son côté après avoir manifesté pour les Palestiniens le 28 décembre a immédiatement partagé les photos (via Flickr) qu’il a réalisé ce soir-là, immédiatement après la manifestation [les agences de presse sont définitivement battue, par ce type de collecte d'information] et a décidé de s’inscrire dans la foulée aux  groupes « Pour le droit de critiquer Israël » et « La fédération internationale du Lancer de Chaussure dans la Gueule… » (Filcg, se prononce filkeugeu)
• Une remarque : sur ce sujet brûlant, je suis informé de ce que font mes amis. Ils auraient pu aussi me proposer de les rejoindre dans ces groupes.
Côté international toujours, j’ai découvert grâce à Silvina, un blog tenu par jeunes  Cubains (nés dans les années 1970 et 1980) et dont le prénom commence par Y. Ce blog s’intitule tout naturellement Generation Y. L’occasion de plonger dans la réalité cubaine. Cyril de son côté a montré quelques —belles— images du reportage qu’il a réalisé sur la communauté juive ukrainienne lors de la fête de Rosh Ashannah.
France

Philippe (décidément très actif) a créé un groupe 1 000 000 contre le Taser en France!, au programme explicite : « Si toi aussi tu penses que : Le Taser n’est pas un jouet de l’espace présenté comme « non léthale mais une arme de 4ème catégorie au même titre que le 357 magnum ou le pistolet à pompes !… ». Michel, lui a rejoint un groupe qualifié de « complètement inutile »: Comment  Sarko peut-il relancer la croissance alors qu’il a loupé la sienne. 52 000 membres quand même…
Les médias, les réseaux sociaux…
Ici, LinkedIn est plus efficace. Les deux groupes auxquels je participe m’indique les discussions en cours, me donne les liens, les sources, etc. Par exemple, sur l’un d’eux, Todd me conseille de lire le post Twitter authority Firestorm, sur un blog spécialisé Twittermaven.

LinkedIn ouvre aussi les portes (plus exactement est imbriqué) dans les réseaux sociaux de certains journaux. C’est le cas avec Business Exchange, un outil participatif qui permet d’échanger facilement des documents avec des personnes —y compris les journalistes de Business Week— avec lesquels je partage les mêmes centres d’intérêt. [Je suis aussi présent sur le réseau social du figaro.fr, mais le lancement est trop frais pour pouvoir en mesurer l'intérêt]
La High Tech
Peu de geeks dans mon réseau, mais Pierre m’a terriblement intrigué avec son statut Pierre a son 5d mark 2 entre les mains depuis ce matin, bientot les tests :) ! Renseignements pris, il s’agit d’un boîtier photo (Pierre est photographe) dernier cri. Pour avoir une idée des possibilités de la bête il suffit de cliquer ici (le lien renvoie sur le blog du photographe Vincent Laforêt, qui a essayé l’appareil en primeur).
La culture
C’est le point fort de mon Facebook. Il y a les classiques fan de Gad Elmaleh,  fan de Yann Barthès (oui, il est sur Canal+, merci Emmanuelle!), fan de Johnnie To, etc. Il y a bien sûr la musique. Elle peut être abordée sur le mode de la réflexion grâce au lien proposé par Jean-Louis, La guerre du volume, Mettalica et la dynamique, où l’on apprend que « pour diverses raisons, les labels pensent qu’un album bruyant se vend mieux aussi ils n’hésitent pas à dégrader la musique pour donner l’impression de plus de volume ».
Alexandre préfère la jouer classique avec les vieux  et excellents groupes The Feelies et The Left Bank, tandis que Delphine préfère poster des vidéos (une rafale ces derniers temps) sur tout ce qu’elle aime : Mano Solo (Au creux de tes bras), Ministère des affaires populaires (Debout là d’dans) ou encore Tes lacets sont des fées de Dionysos dont le graphisme raffiné l’enchante (Delphine est graphiste)

La culture sans la littérature est chose impossible et d’ailleurs, Fabienne signale deux auteurs : Yoko Ogawa, une écrivaine japonaise, qui a écrite de nombreux courts romans et nouvelles, et le Chinois Yu Hua, dont il faut lire le chef d’œuvre Brothers.

Et pour terminer, on peut jouer à Loup Garou, avec Caroline, et s’envoyer la carte postale de nouvel an [réalisée par Dom Moreau, et dénichée par Lisa une amie de Delphine] pour laquelle on ne peut faire autre chose que s’exclamer « Ouah que c’est beau ! » Hélas, ici il manque ce qui en fait le sel, l’interactivité. Mais pour cela, il faut être sur Facebook

• Remerciements : merci à tous mes amis et relations de Facebook et LinkedIn. Celles et ceux a qui j’ai emprunté ces exemples, mais aussi —ils sont beaucoup plus nombreux— celles et ceux dont je n’ai pu montrer les contributions, les remarques, les apports, les liens, les photos, les vidéos… faute de place. Un regret aussi: je n’ai pas pu montrer réellement l’humour ravageur qui règne ici.

Alors pour terminer vraiment, voici le statut le plus désespéré, Nadia a 220 friends qui ne servent à rien: pas un qui a un plan appart [si vous avez un plan appart, dites-le moi, je transmettrai]; celui qui m’a fait le plus rire récemment : Julien a les graisses de Noël et enfin la plus énigmatique : Louise is oh my god ! internet has come to naval saz.
Be Sociable, Share!

11 thoughts on “Facebook et LinkedIn : de l’autre côté du miroir

  1. Euh … le réglage des préférences du newsfeed sur FB existe depuis le début … il était plus facile à trouver sur l’ancienne version mais rien ne change.

  2. Merci Marc pour cet éclairage,

    Je tiens a ajouter une nuance qui me semble importante.

    « Le réseau de ses amis et de ses relations constitue une forme d’agence de presse…C’est un nouveau défi que doivent relever les médias traditionnels »

    Oui et c’est même amusant, on est dans le web-réalité ainsi chacun peut apporter à sa communauté mais aussi s’exposer.

    Alors on peut plaisanter entre amis mais s’exprimer est une gageure car comme il est si bien écrit ;) « Les amis des mes amis sont aussi mes amis »
    Il est difficile voire impossible de refuser son Boss ou une vague connaissance d’un réseau réel sans commettre un impair (et pas virtuel celui là)
    Et parfois ces amis rapportés ont des buts bien divergents.

    Pour exemple, des salariés trop expansifs et peut être un peu naïfs ont fait les frais de ce nouveau modèle de communication.
    Des salariés de Michelin et Virgin auraient été remerciés pour avoir trop librement étalé leurs avis sur leurs employeurs.
    Une femme a divorcé pour avoir surpris son mari en train de fricoter virtuellement sur Second Life !!!

    Donc je pense que nous arriverons rapidement aux limites de ce « modèle d’information ».
    Pourquoi pas paranoïder que nous serons fichés par Edwige et Consorts pour avoir adhéré au groupe « J’aime pas le dernier album de Carla » ou encore « je suis de gauche donc je porte pas de talonnette »

    L’auto censure est encore plus valable sur ces réseaux qu’ailleurs et l’information s’en trouve tronquée.
    Jusqu’à maintenant rien n’est plus efficace dans la transmission d’idées qu’une bonne vieille discussion entre amis dans une écurie ou encore sous le couvert de l’Information.

    Facebook: communication oui, information pas vraiment…donc j’espère que les médias ne circuleront pas dans cette impasse.

    Cette participation ne reste bien sûr qu’un avis personnel…

    Jean Louis

    http://www.01net.com/editorial/394903/des-salaries-virgin-atlantic-licencies-pour-avoir-critique-leur-societe-sur-facebook/?rss

    http://www.01net.com/editorial/399256/licencie-pour-avoir-critique-son-employeur-sur-internet/?rss

    http://www.01net.com/editorial/396490/flirt-virtuel-et-divorce-reel-sur-second-life/

  3. Effectivement, un ouvrier de Michelin (usine de Cholet) a été licencié pour avoir écrit « boulot de bagnard et encore je ne parle pas des lèches-culs de merde avec qui on bosse » sur un site. Mais il avait écrit cela sur son CV en ligne! Le CV a été retrouvé par une journaliste d’@si et signalé par arrêt sur images (http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=2755). Il faut dire et redire que sur le web rien n’est anonyme et qu’un certain nombre de précautions minima sont indispensables. L’ouvrier de Cholet aurait du se douter qu’un CV est fait pour être consulté.
    Par ailleurs, Il est possible de refuser des amis. Je l’ai fait et continuerai de le faire, sur Facebook notamment, car il s’agit d’un espace « personnel » j’insiste. Il est également possible de protéger cet espace avec un certains nombre d’outils restreignant l’accès des informations personnelles à ses seuls vrais « amis ». Il n’y a donc pas dans ce cas —de mon point de vue— auto censure.
    Je suis aussi un adepte des discussions dans les bars (pas vraiment dans les écuries) mais il faut savoir qu’à l’occasion de ces discussions quelqu’un peut sortir son portable, prendre des photos, filmer, enregistrer la discussion et diffuser tout cela sur Flickr ou autre (dans la vraie vie aussi des amis peuvent être inconscient).
    À Manille dans les années 80, on demandait aux consommateurs de déposer leur arme à l’entrée des bars. Il faudrait peut-être inventer des bars où l’on déposerait à l’entrée son portable, appareil photo… pour pouvoir discuter tranquillement. Une idée pour 2009 ?

  4. Je suis un lecteur attentif, fidèle et souvent admiratif de votre carnet.

    Toutefois, votre billet sur FaceBook ne rend perplexe. Pouvez-vous me citer une seule information obtenue de manière singulière, originale, par les deux réseaux sociaux auxquels vous appartenez ?
    Je parle d’informations et non d’émotions ou de commentaires sur des informations publiées ailleurs.

    Je parle d’informations originales c’est à dire d’informations qui n’ont pas été préalablement diffusées par le canaux traditionnels ou sur le web.

    J’ai lu et relu votre billet plusieurs fois.

    J’y trouve beaucoup de considérations sur les joies de la sociabilité et sur le relationnel. J’y identifie de l’émotion, beaucoup d’émotions.

    Sauf erreur de ma part, vous ne donnez aucun exemple d’information au sens journalistique de cette notion et – d’accord avec vous – pas forcément dans sa modalité de « scoop ».

    Rassurez-moi.

    Vous n’êtes pas homme à confondre informations, commentaires sur les informations, points de vue, opinions, émotions et affectivité des relations interpersonnelles dans un même substrat indifférencié qui fonderait désormais le métier d’informer…

    Cordialement

    Alain Joannès

  5. C’est LA question : obtenons-nous via les réseaux sociaux des informations originales, non lues, non vues ailleurs ? Je réponds de manière positive :
    1/ pour rester dans l’actualité récente, je suis mieux, plus complètement et plus rapidement informé sur les manifestations parisiennes (nombre de participants, ambiance, mots d’ordre, couverture photographique) concernant le Proche-orient qu’avec même des agences comme l’AFP (je peux comparer, car nous y sommes abonnés à l’Emi-Cfd). Mais j’en conviens, ce n’est pas de l’information originale à strictement parler, puisque ces événements sont par ailleurs couverts par les médias traditionnels.
    2/ si je cherche une information plus légère, j’ai les micro événements que constituent les « sub-party », fêtes plus ou moins sptonanées organisées dans le métro, un peu sur le modèle des « freezes », ou l’étrange « Championnat du monde de course en escarpins…
    3/ dans le domaine des médias, j’ai appris par une « amie » Facebook, le 22 novembre 2008, « ça craint grave encore deux groupes de presses qui annoncent la mutualisation des rédactions web et print + réduction de la masse salariale!!!!!!!!!!! ». Jeux d’enfant ensuite de lui demander de quels groupes il s’agit, de vérifier, etc. Dans ce cas, pour moi Facebook (il est vrai que, déformation professionnelle, j’y compte beaucoup d’ »amis » dans la presse) est une sorte d’alerte.
    4/ Mais professionnellement, je le redis, le réseau le plus intéressant me semble LinkedIn, du moins dans la spécialité qui nous préoccupe en premier lieu, à savoir les médias. Ici, par exemple, ce que je viens de découvrir ce matin, à propos d’une discussion ouverte sur un des groupes auxquels j’appartiens : « tout le monde pourra bientôt envoyer des e-mails recommandé avec accusé de reception, valeur judiciable devant un tribunal », en France, ou plus ancien (une petite semaine) : »étude IDC: Le trafic des réseaux sociaux continue de croître alors que la publicité reste stable. Seulement 57% des adeptes des réseaux sociaux cliquent sur les pubs, contre 79% des usagers des sites Web 1.0″, une étude intéressante quant au développement des sites web 2.0. J’avoue ne pas avoir eu connaissance de ces deux infos préalablement.
    Dans ce cas, les membres du réseau me signalent un point, une information, un événement…
    C’est le point qui me semble le plus important, en fait et c’est sans doute ce que j’ai mal expliqué (cela renvoie à la question du « substrat indifférencié ») : nous entrons dans un nouvel écosystème informationnel (paradigme serait plus juste) dans lequel tout se répond : les médias traditionnels, les sites, les blogs, les réseaux sociaux. En fait, il me semble désormais difficile d’isoler l’un de l’autre, car tous s’additionnent. Pour un journaliste, j’ajoute, que pour moi les réseaux sociaux sont des outils professionnels au même titre que le « carnet d’adresses »…
    Cela dit, je sens bien n’avoir pas été entièrement convaincant. Donc, je vais m’attache à faire une veille plus méthodique, dans laquelle j’isolerai toutes les infos « exclusives » me parvenant sur les réseaux sociaux en suivant en parallèle ce qui est publié dans les médias (les « classiques » donc blogs compris) et je reviendra sur le sujet d’ici un mois ou deux.
    Mais pour conclure voici, le statut qu’à publié Antoine lorsqu’il a appris que Rue89 allait créer une rubrique sur Facebook : « Rue89 va suivre l’actu de facebook ? rue89 est mort ». Aucun commentaire ne l’a contredit. On est toujours le vieux média d’un autre…
    PS : j’oubliais, mais cela me semble aussi très important : il existe dans les réseaux sociaux une relation de confiance entre les amis/relations, ce qui renforce la crédibilité d’une info. D’autre part, circulent nombre d’infos (par exemple : rendez-vous à des manifestations de la plus triviale à la plus politique) qui n’ont pas vocation à être rendue publique en dehors du cercle d’amis. Cela ouvre une autre réflexion sur l’usage que doivent (devraient?) faire les médias classiques des réseaux sociaux. J’arrête là, mais à suivre…

  6. Merci d’avoir pris la peine de répondre aussi longuement.
    Je ne suis cependant pas convaincu par cette réponse qui accroît ma perplexité.

    Comprenez bien que je ne suis pas hostile aux réseaux sociaux comme dispositifs au service du journalisme. Il me semble intuitivement que Facebook, Twitter et autres plateformes de ce type ont un énorme potentiel de créativité et de productivité pour le métier d’informer. J’y réfléchis.

    Pour l’heure, c’est l’usage qui est fait de Twitter (lors des évènements de Bombay par exemple) et de Facebook, selon votre billet et votre réponse, qui m’intriguent.
    Je n’y vois toujours pas d’informations.

    Deux exemples:
    - les manifestations parisiennes à propos de ce qui se passe au Proche Orient: quelles sont les données – qui, quand, quoi, comment, où, combien, avec quelles intentions, quels objectifs, quels résultats – grâce auxquelles Facebook vous aurait permis de produire un article original ?

    - « Rue89 est mort »: considérez-vous cette affirmation d’un « ami de Facebook » comme une information ? Dans le même ordre d’idées, les écrits d’un ouvrier du groupe Michelin sur ses conditions de travail sont dignes d’intérêt – tout comme les phrases « Il faut que cessent immédiatement les bombardements à Gaza » – mais constituent-ils des informations ?

    Pour préciser le sens de ma perplexité, permettez-moi d’évoquer brièvement l’affaire dite « Jérôme Kerviel ». Dès le début de ces évènements, conseillée par une agence de communication de crise, la direction de la Société Générale a désigné un « trader fou » (dépressif, etc…). En lisant des blogs d’experts (tenus par des « traders » à Paris, Londres et New York)il était possible de collecter des informations concrètes – documents retraçant des transactions, exemples de pratiques professionnelles – qui contredisaient radicalement les affirmations de la Société Générale alors même que celle-ci se livrait à une désinformation caractérisée. Outre ces informations (témoignages, traces de faits vérifiables sous formes de documents PDF), les blogueurs experts commentaient de manière critique les affirmations des employeurs de Jérôme Kerviel et celles de leurs homologues. Le journaliste avait à sa disposition des faisceaux de faits et d’explications contradictoires qui lui permettaient de tendre vers l’objectivité. En tous cas de se soustraire à la stratégie de désinformation. Il fallait, évidemment, bien séparer les faits collectés des commentaires qui enveloppent ces faits.

    Sauf à admettre que je souffre de dysfonctionnements au niveau de l’entendement, je ne trouve rien dans vos écrits sur les usages professionnels des réseaux sociaux qui ressemble à de l’information. Je parle de faits qu’un journaliste puisse traiter en leur conférant la valeur ajoutée d’un article (contextualisation, narration). Comme je n’avais rien trouvé de journalistiquement intéressant dans les pâmoisons de « confrères » autour de la twitterisation des attentats de Bombay. (Le seul fait journalistiquement intéressant de cette tragédie, pendant son déroulement, aura été la photographie d’un terroriste en pleine action prise par un journaliste professionnel. Dont personne ne parle parmi les professionnels français de la profession.)

    Le « substrat indifférencié » composé de faits, de commentaires, d’émotions, d’affectivité, de sociabilité relationnelle auquel vous semblez octroyer l’importance d’un nouveau paradigme professionnel – tout se mélange, tout se vaut, les faits et les émotions qu’ils suscitent – me font penser au « nouveau journalisme » qui, dans les années soixante, énonçait l’indifférenciation entre la réalité et la fiction, entre le reportage et le roman. De grands écrivains ont surgi grâce à cette hybridation entre l’observation et l’imagination, entre le vrai et le faux. Mais le journalisme « à l’américaine  » ne s’en est jamais vraiment relevé.

    Je pense qu’une technophilie enthousiaste mais superficielle, sans véritable culture technologique ni discernement, conduit le journalisme vers une information « titrisée ». Comme les « subprimes » (mélange d’obligations saines et de titres insolvables), avec les mêmes conséquences pour une profession en pleine décrédibilisation.

    Quand tout se vaut: le fait patiemment établi par un professionnel et l’indignation spontanée d’un « ami de Facebook », l’information ne vaut plus grand chose.

    Il y a deux ans, des journalistes se seraient sans doute extasiés de « voir » les évènements de Bombay ou ceux de Gaza interagir avec des avatars pakistanais, indiens, israéliens et palestiniens sur Second Life. Ils auraient décrété que l’avenir du journalisme est sur Second Life, où auraient été convoqués des états généreux de la presse afin de quémander quelques subsides à la puissance publique.

    En dépit de notre désaccord sur les usages professionnels qui peuvent être envisagés de ces passionnantes technologies, je persisterai à lire votre carnet. Et je réfléchirai de mon côté sur ces innovations et leurs usages. Ne serait-ce que pour essayer de compenser mes critiques par des apports constructifs.

    Cordialement
    Alain Joannès

  7. Extrait des conditions d’utilisations
    (http://fr-fr.facebook.com/policy.php)

    « Quand vous visitez Facebook, vous nous fournissez deux types d’informations : d’une part des informations personnelles, que vous avez volontairement choisi de révéler et que nous collectons et, d’autre part, des données relatives à l’utilisation du site Internet que nous collectons quand vous interagissez avec notre Site Internet.

    Quand vous vous inscrivez sur Facebook, vous nous fournissez certains renseignements personnels, comme votre nom, votre adresse électronique, votre numéro de téléphone, votre adresse, votre sexe, les écoles que vous avez fréquentées ainsi que d’autres informations personnelles que vous acceptez de nous communiquer.
    (…)

    Facebook peut également collecter des informations sur vous à partir d’autres sources, comme les journaux, les blogs, les services de messagerie instantanée ou par l’intermédiaire des autres utilisateurs Facebook, via l’utilisation de ce service (par ex. un marquage sur une photo) afin de vous proposer des informations plus utiles et une expérience Facebook personnalisée.

    En utilisant Facebook, vous acceptez que vos données personnelles soient transférées et traitées aux États-Unis. »

    Je ne voudrais pas me faire un flip Big brother mais ils m’en laissent la liberté :)

    Fabien

  8. Alain, j’ai lu très attentivement vos remarques. Je n’y réponds pas dans l’instant, car il me semble que nous sommes au cœur d’une réflexion sur l’information et le journalisme qui mérite d’être travaillée et approfondie.
    Fabien, d’intéressantes questions, qui trouvent un écho dans l’actualité avec la censure par Facebook des photos représentant des femmes allaitant, ainsi qu’avec la mise en place de Facebook Connect. Là aussi, je me propose de revenir plus complètement sur ces sujets.

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