Le journalisme après Nate Thayer

The Atlantic a proposé à Nate Thayer, journaliste spécialisé dans les relations internationales, de reprendre gratuitement l’un de ses articles déjà publié sur un autre site. Il a refusé et a rendu public ses échanges de mails avec The Atlantic. Un geste provocateur qui a ouvert en cascade, une série de réflexions sur le fonctionnement du journalisme sur le web aujourd’hui et sur la place du pigiste, dans un univers —le web— où il ne ferait « que ralentir les choses ».

journalisme-et-diplomatie-nord--oreenne

 

Bref rappel des faits
Nate Thayer est un journaliste américain spécialisé dans les relations internationales. Il a écrit pour le site North Korea News [NK.News.Org] un article, 25 Years of Slam Dunk Diplomacy, consacré à la diplomatie du basket que poursuit depuis maintenant 25 ans la Corée du Nord. Un article assurément intéressant puisqu’une journaliste du site The Atlantic lui proposera de le reprendre, mais dans une version raccourcie [il devait le réduire de 4.300 mots -25.800 signes- à 1200 mots -environ 7.500 signes]. Tout se gâte lorsque Nate Thayer demande le montant de sa rémunération. Sa correspondante, Olga Kahzan, lui répond:

malheureusement nous ne pouvons pas vous payer pour cela, mais vous toucherez 13 millions de lecteurs dans le mois. Je comprendrai que cela ne soit pas un arrangement convenable pour vous, je voulais seulement savoir si vous seriez intéressé.

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The Magazine : éloge de la simplicité

Six articles par numéro, des photos ou des illustrations fortes, des titres sobres, une édition impeccable, un prix bas… Marco Arment a-t-il trouvé les clés du succès avec The Magazine, une publication destinée en premier lieu à l’iPad ? Peut-être, mais s’il fait pour l’instant la course en tête sur le marché des « publications minimalistes », déjà la concurrence s’organise. 

Un article de The Magazine

Le titre, par sa fausse évidence, est trompeur : The Magazine ; comme si l’on avait à faire à l’un de ses innombrables ePubs mal fagotés qui encombrent les kiosques des smartphones et des tablettes. La couverture l’est tout autant. Dans le [Newsstand] de l’iPad ou de l’iPhone rien ne distingue réellement la publication de ses concurrents. Pourtant, The Magazine est le résultat de choix radicaux et suffisamment séduisants pour revendiquer après mois de six mois d’existence 25.000 abonnés, ce qui lui permet de dégager des bénéfices. 

1 – La simplicité

L’homme derrière The Magazine s’appelle Marco Arment. Il est le concepteur d’Instapaper, un système d’archivage en ligne, dont la simplicité d’usage fait le succès. Pour autant, comme il le reconnaît lui-même rien ne le prédestinait à lancer un magazine, qui plus est sur tablette. D’ailleurs, à écouter les augures, tout aurait du le décourager : rentabilité impossible, complexité —et coût— de la conception et du développement, difficulté à trouver des abonnés, etc. L’illustration parfaite de cette « mission impossible » était symbolisée par l’échec de The Daily, un quotidien sur l’iPad lancé à grands frais par Rupert Murdoch et qui semblait avoir tous les atouts pour s’imposer : l’appui du plus grand groupe media mondial, News Corp, une équipe rédactionnelle imposante… Pourtant, c’est au moment même où The Daily  vacillait [le dernier numéro sera publié en décembre 2012] que Marco Arment lançait, en octobre 2012, le premier exemplaire de son nouveau-né. Continue reading

La presse quotidienne nationale en débat

Les dirigeants des principaux titres de la presse quotidienne nationale (PQN) étaient réunis ce vendredi matin, 8 février 2013, pour débattre de leurs difficultés, mais aussi et surtout de leur projets. Déclinaison des titres sur les tablettes, place de la publicité, érection de paywalls, accord avec Google… tout cela résumé en suivant #IlovePQN et grâce à Storify. Continue reading

Google et les éditeurs français, ou le voyage de Gulliver à Lilliput

Du flou, beaucoup de flou… et bien peu de certitudes. L’accord conclu entre Google et la très discrète Association de la Presse d’information politique et générale [IPG] suscite de nombreuses interrogations sur son contenu réel et des réactions d’incompréhension dans la presse étrangère, qui a le sentiment d’avoir été trahie. 

 gulliver

L’Empereur tenait fréquemment conseil à mon sujet. Qu’allait-on faire de moi? La Cour était dans le pire embarras. Je le sus plus tard par une ami, un haut dignitaire très bien informé. On craignait mon évasion, ou bien une famine car mon appétit pouvait ruiner le pays. On parla donc de me laisser mourir de faim, ou de me cribler les mains et le visage de flèches empoissonnées fort efficaces, mais mon cadavre en décomposition ne pouvait qu’infester la capitale et empuantir tout le Royaume. (1)

Difficile de résister. L’analogie est trop forte avec le voyage de Gulliver dans le royaume de Lilliput, lorsque l’on rapproche deux chiffres : 60 millions d’euros et 2,1 milliards d’euros. Le premier chiffre correspond à la somme que Google déboursera pour financer le fond destiné à assurer la transition des médias français vers le numérique; le second au bénéfice de l’entreprise pour le seul quatrième trimestre 2012.

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La naissance de la short-video

tout-capture-vine

Elles sont trois. Elles marquent sans aucun doute une évolution majeure dans la iVidéographie, qui est à la vidéo ce qu’est l’iPhotographie à la photo. Il s’agit de ces trois applications qui viennent d’être lancées quasi simultanément : Tout, Capture de Youtube-Google et Vine par Twitter.

Toutes trois permettent l’éclosion d’un nouveau langage vidéo, et renforcent encore la place de la vidéo dans les modes de narration. Chacune a ses particularités, ses avantages et ses inconvénients, mais toutes trois partagent trois caractéristiques :

  • n’exister que par ou pour le smartphone (pour l’instant, l’iPhone, et Androïd pour Tout)
  • imposer un format court aux vidéos que l’on réalise : entre 6 et 15 secondes
  • permettre un partage immédiat sur les réseaux sociaux

Maintenant revue de détails, en suivant l’ordre chronologique d’apparition :

Tout1 – Tout

Tout est le service le plus ancien. Il a été lancé en avril 2012 par Michael Downing. Son idée repose sur un principe simple, qu’il explique ainsi :

Certains moments dans la vie ne peuvent être expliqué par le texte. Tout raconte la vie telle qu’elle est, en couleur et en son, et s’oppose ainsi à la vie « telle qu’elle est écrite en 140 signes ou moins » (…) Tout le monde n’a pas l’esprit ni les compétences pour s’exprimer dans des blogs ou des tweets, mais nous avons chacun un regard ["perspective"] qui nous est propre et ces regards constitueront la base d’une nouvelle forme de conversation et de narration. Continue reading